Pippa, ambassadrice de la baie

Publié dans le numéro 3685 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Venus d’Angleterre, Pippa, peintre, et Peter Darbyshire, ancien comptable, sont tombés amoureux de la baie de Somme. Ils ont restauré l’ancien hôtel de la gare de Noyelles-sur-Mer pour y créer le Relais de la baie. C’est d’abord une galerie, qui devient le week-end un salon de thé prisé.

Aux murs de la galerie, la star c’est elle ! La baie de Somme. Tantôt mystérieuse, parfois nuageuse mais toujours fascinante. Une fascination qui a tout de suite touché au cœur Pippa Darbyshire, artiste peintre à Noyellessur-Mer. En 2000, elle arrive du Suffolk, dans le sud est de l’Angleterre, en compagnie de sa mère et de sa sœur, pour trouver une maison à cette dernière. Son époux travaille à Amiens. Elles arrivent de nuit à l’hôtel des Tourelles au Crotoy.

Coup de foudre

Au matin, lorsque les rideaux se tirent. La baie est là devant ses yeux, majestueuse : « Ça a été le coup de foudre, assure-t-elle avec son charmant accent britannique. Et ça continue. La baie est grise mais elle n’est jamais triste. Chaque jour, elle change avec les marées et le temps. La perception de l’artiste n’est pas la même non plus, selon notre humeur… Je suis un peu une ambassadrice de la baie et j’aime ça ! Je pense que je vais la peindre jusqu’à ma mort. » Tombée en amour, elle demande à monter une exposition aux Tourelles. Elle loue un appartement durant six mois à Saint-Valery, et trouve un atelier à Noyelles-sur-Mer. La belle histoire entre la baie et elle commence, elle se poursuit avec le succès de l’expo sition. Son mari Peter, comptable, plus discret, l’épaule. Le couple plaque tout pour acheter l’ancien hôtel de la gare abandonné depuis six ans mais dans lequel règne un bel esprit. L’idée première est d’ouvrir une école d’art, à la base, la peintre est aussi enseignante. Le maire informe le couple qu’il est possible d’avoir une licence IV. Un salon de thé ouvre ses portes en aout 2011, insolite : il est aménagé dans le salon du couple. Pippa Darbyshire crée sa galerie. Le succès est là.

« Les gens sont gentils, accueillants, assure Pippa Darbyshire. En 17 ans, je n’ai jamais rencontré d’animosité. La baie de Somme est très cosmopolite, tout le monde aiment les Écossais ! Nous avons eu beaucoup de chance et de l’aide notamment de la part des gérants de l’hôtel des Tourelles. Ils étaient venus de Belgique trois ans avant nous. Encore aujourd’hui, quand je vais peindre en baie, je vais prendre mon petit déjeuner chez eux. Nous travaillons avec des artisans locaux, c’est essentiel. Autrement, on ne peut pas être populaire. C’est incroyable cette aventure, je n’avais pas d’expérience et chaque année, c’était de mieux en mieux. »

Recettes phares

« Populaire. » Un autre mot qui revient quand elle parle des recettes qui font le succès de son salon de thé. Un gâteau de carottes servi avec de la crème et les fameuses crêpes écossaises. Plus épaisses que des pancakes, elles se mangent accompagnées de crème ou confiture : « Les touristes cherchent quelque chose de nouveau ou de différent, confie l’artiste peintre. Nous sommes sur une niche. » Maintenant qu’elle gagne sa vie avec sa galerie, Pippa Darbyshire a décidé de n’ouvrir son salon de thé que le week-end afin de se consacrer à sa passion. Elle fait visiter sa galerie sur rendez-vous. Les clients sont locaux, ils viennent aussi de villes plus importantes comme Amiens, Paris ou Lille. Il faut dire qu’en face de la gare, l’emplacement est idéal. Les clients étrangers sont nombreux aussi : les Anglais bien évidemment mais aussi les Espagnols, les Italiens, les Belges, les Hollandais, les Allemands. Souvent, ils demandent à Pippa Darbyshire pourquoi elle a décidé de s’installer en baie de Somme : « Cela les fascine », commente t-elle. Quatre fois par semaine, dès 7-8 heures du matin, elle prend sa voiture pour aller peindre en baie de Somme, et ce hiver comme été : « J’aime la brume, confie cette fille d’officier de la Marine Royale. Quand le soleil est en face, il blanchit les lumières. Ensuite, je travaille chez moi. L’atelier est au second étage. Mon mari me dit que que je ne suis pas obligée d’aller en baie tous les jours, qu’avec le temps, je peux travailler avec mon imagination mais je réponds que non. Aller en baie, c’est ma raison d’être. C’est un plaisir, c’est un peu comme une nourriture. C’est un chemin de vie… Avant je vivais près de la côte, la vue, c’était l’horizon. Ici, c’est un estuaire. Il n’est pas si plat qu’il n’y paraît. » Sa saison préférée est l’hiver : « C’est plus calme et il y a plus de brume. L’hiver, les jours restent constants. Quand il pleut, je travaille dans la voiture », précise t-elle. Elle immortalise aussi la campagne environnante. Sa matière privilégiée est la peinture à l’huile, elle l’utilise en couche très fine, un peu comme les aquarellistes. Le blanc de ses tableaux est celui de la toile, ses nuages paraissent plus vrais que nature. « J’enlève la peinture car cela fait plus léger, explique-t-elle. Pour cela, j’utilise notamment du tissu et de la térébenthine. C’est la même technique que celle du faux marbre. » Pippa Darbyshire est mère de trois enfants. Ses deux fils sont restés en Angleterre. L’un est ingénieur et l’autre est un sculpteur reconnu dans la 3D. Sa fille, danseuse contemporaine, mère d’un garçon de 6 ans, et son compagnon musicien sont venus les rejoindre à Noyelles : « Noyelles est très central en Europe, constate t-elle. Tous les deux voyagent beaucoup. Prendre l’avion à Beauvais n’est pas loin. Mon petit fils est bilingue, il me corrige. J’ai de la chance, c’est bien pour lui de grandir à la campagne. Nous nous rendons souvent en Angleterre pour voir nos enfants. Noyelles est sur la ligne Beauvais- Paris. »

Puis, elle évoque le succès de son fils Matthew : « Ici la vie est simple. Je peins. J’accroche les tableaux dans la galerie. Lui, expose dans plusieurs galeries : en Angleterre, en France… Il m’envie pour ma vie simple et moi je l’envie pour sa notoriété », sourit-elle avant d’aller chercher des parasols pour un groupe de touristes qui vient de s’installer en terrasse.

Avec les années, elle se félicite du succès rencontré en baie par les activités de nature comme les balades à cheval ou les randonnées à pied. Elle remarque que SaintValery tout comme Le Crotoy sont devenues « chics ». Elle est aussi très heureuse de constater que ce que les gens essaient se transforme en réussite. Généreuse, elle est aussi très humble : « Je pense toujours que je peux faire mieux demain. Je ne renie rien de ce que j’ai fait mais j’espère toujours que je peux faire mieux », conclut-elle dans un grand sourire.