De Marrakech à Amiens, Rachid Boudlal a encore des projets pour son garage Réparauto 80

Publié dans le numéro 3686 par

 

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À 38 ans, Rachid Boudlal réalise le chemin parcouru depuis son arrivée à Amiens en 2004. Il a quitté son pays, le Maroc, pour réaliser son rêve : installer son entreprise en France, ce pays qui l’a toujours fasciné.

J’avais 25 ans lorsque je suis arrivé en Picardie, plus précisément à Amiens, pour ouvrir mon premier garage à Saveuse. J’ai toujours rêvé d’aller en France. Depuis tout petit, ce pays m’attire », avoue d’emblée Rachid Boudlal. Est-ce la langue française qu’il pratique depuis l’école primaire marocaine, la vie quotidienne à la française ou l’esprit d’entreprendre à l’occidentale qui a mené le jeune garagiste jusque dans la Somme ? Sûrement un mélange de tout cela à l’écouter expliquer son cheminement vers l’Hexagone.

Sa vie était pourtant très agréable dans l’une des villes les plus animées du royaume marocain. Rachid Boudlal avait un avenir tout tracé, dans le tourisme équestre ou dans la mécanique automobile. « En parallèle de ma passion pour la mécanique, je donnais des cours d’équitation et menais des randonnées dans les 13 000 hectares de la palmeraie de Marrakech où je suis né et que je connais comme ma poche. J’avais l’opportunité de rester travailler et d’évoluer au sein du groupe Accor à Marrakech, une ville qui ne cesse de grandir et d’attirer les investisseurs et les touristes du monde entier. Mais l’appel de la France était plus fort », confie le Marocain qui arrive donc à Amiens pour travailler dans le bâtiment tout d’abord, secteur pour lequel il avait les diplômes au Maroc. « Mais, problème, il n’y avait pas de reconnaissance en France pour ces diplômes. Alors j’ai passé mon CAP bâtiment et une validation d’acquis pour mon expérience dans la mécanique dans le but d’ouvrir un garage. Il y a plus de contacts humains dans ce milieu. J’adore l’idée de rendre service, d’aider, de servir et de rencontrer des gens », souligne le garagiste en devenir à l’époque.

Tout commence en 2012 à Saveuse, avec un petit garage de 160 m2 installé dans un local loué 500 euros chaque mois. Rachid est alors auto-entrepreneur avec une clientèle à constituer. Il nomme son garage Réparauto 80 et peu à peu le bouche à oreille se fait. Ses clients sont des médecins, avocats, chefs d’entreprises, mais aussi des mères au foyer capables de faire des kilomètres pour faire réparer leur véhicule chez Rachid Boudlal. Ils viennent d’un peu partout, d’Abbeville même. « Cela aurait pu être compliqué. J’étais le seul Arabe de cette commune résidentielle. Mais je n’ai jamais senti de racisme, que ce soit avant ou maintenant », tient-il à ajouter.

L’aventure continue à Montières

En août 2016, le garage doit grandir et déménage rue Alfred-Catel, dans la zone de Montières : 450 m2 pour proposer, du lundi au samedi, réparations, entretien et carrosserie sur tous les véhicules de toutes marques. « Et les clients ont suivi : une cinquantaine. Même la mairie de Saveuse continue de faire entretenir ses véhicules dans mon nouveau garage. Je pense que mes clients apprécient l’accueil, le sourire. Pour moi, c’est naturel, c’est dans le sang. Je fais toujours en sorte de minimiser les frais de réparation ou autres. En fait, je me mets toujours à la place du client », assure le garagiste qui fait de son mieux pour apporter à chaque fois une réponse efficace aux problèmes mécaniques de ses clients. « J’ai tout appris dans ce domaine au pays. Le fait de toucher à tout sous le capot m’a fait progresser. C’est le système D à la marocaine qui fut très formateur, je pense. Rien qu’à entendre le bruit de la voiture lorsqu’elle arrive, je devine à 80% le problème qu’elle a », s’amuse-t-il avant d’affirmer que pour lui, ici, jamais le choc des cultures ne s’est fait sentir. « J’ai toujours aimé travaillé sur des voitures de marque française. De plus, mon père a pu venir se faire soigner ici, à Amiens. Il est en bonne santé aujourd’hui grâce aux médecins français. Je dois aussi avouer que j’apprécie particulièrement l’administration française. Certains s’en plaignent, mais comparée à celle de mon pays, c’est un bonheur de voir les choses avancer. Je suis peut-être quelqu’un de trop speed pour me voir bloquer par de simples démarches administratives ».

Et encore des projets

Avec deux autres employés, dont son frère Driss, âgé de 37 ans, le garage tourne bien. L’inauguration organisée l’été dernier a rassemblé près de 200 personnes, autant de clients ravis des services prodigués par ce garage de quartier dans lequel de nouvelles embauches sont prévues. « Nous proposons notamment plusieurs véhicules de courtoisie à nos clients. Et nous allons chercher le véhicule à réparer directement sur le lieu de travail, notamment pour mes clients libéraux ou au domicile s’ils le désirent, et cela gratuitement. Nous avons également une dépanneuse », commence à détailler le chef d’entreprise qui a créé son garage en autofinancement et qui envisage un chiffre d’affaires de plus de 200 000 euros cette année. « Je dois dire que j’ai apprécié avoir la confiance de mes fournisseurs pour créer mon entreprise, que ce soit pour les pièces, les pneus ou les accessoires. Mes clients sont pareils, heureux de cette relation de confiance entre nous. Il ne faut pas mettre tous les garagistes dans le même sac », complète Rachid Boudlal qui a su, en effet, gagner cette confiance par la force de sa personnalité et de l’atmosphère agréable qu’il a su faire régner dans son garage. Quelques touches de décoration dans la salle d’attente, une machine à café gratuit, des voitures miniatures offertes aux enfants des clients… Ajoutez à cela le sérieux et le sens commerçant du patron et vous obtenez une affaire qui roule. Si l’entreprise continue de grandir, il sera question de déménager à nouveau et sûrement d’ajouter une corde à son arc avec la vente de voitures. « Je me considère chez moi ici, conclut-il. Depuis que je suis arrivé, je suis à l’aise dans cette ville qui m’a tout donné. »