Des producteurs de lait en péril mais combatifs

Publié dans le numéro 3663 par

 

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Début février, l’Organisation des producteurs de lait (OPL) de la Coordination rurale, 2e syndicat agricole, se réunissait à Hangest-surSomme. L’occasion de prendre le pouls d’une profession en souffrance. 

Là, vous avez aussi une productrice de la Somme », indique Régis Dubois, président Hautsde-France de la Coordination rurale. « Oui, mais pour combien de temps ?! », lance-t-elle en s’engouffrant dans la salle. C’est un peu l’atmosphère générale. Tous assurent que l’année 2016 a été particulièrement dure et que beaucoup de producteurs de lait ont décidé d’arrêter. C’est le cas de Jean-Luc Allain, éleveur installé à Blangy-sousPoix et président de la Coordination rurale de la Somme. « C’était une fatigue aussi bien physique que mentale. Depuis 2009 et la grève du lait, c’est compliqué et on ne voit pas d’amélioration », dit-il. Le suicide d’agriculteurs chevronnés l’a également beaucoup marqué. Installé depuis 1991, Jean-Luc Allain, « écœuré », a décidé d’arrêter la production de lait en juin dernier pour se concentrer sur la polyculture. « Nous sommes vraiment dans une situation catastrophique. Entre les mises aux normes et la faiblesse du prix du lait, on ne peut pas s’en sortir. Beaucoup abandonnent ou se reconvertissent, ce qui va bouleverser les secteurs de la culture ou des bovins », analyse Régis Dubois. En Hauts-de-France, on dénombre 7 500 producteurs de lait. En 2015, la région, 5e territoire laitier de l’Hexagone, a vendu 2,4 milliards de litres de lait, soit 9,2% de la production nationale (chiffres Agreste).

Réguler le marché « Cela fait 15 ans que nous demandons la régulation du marché ! s’exclame Bernard Lanne, président national de la Coordination rurale. En 10 ans, la moitié des producteurs de lait a disparu en France. Aujourd’hui, les 1 000 litres de lait sont payés 360 euros à l’agriculteur. Il faudrait que le prix atteigne 450 euros pour qu’il puisse vivre », ajoute-t-il, regrettant la suppression des quotas laitiers. Européen convaincu, Bernard Lanne souhaite également que l’on instaure une exception « agriculturelle » à l’image de ce qui a été fait pour la culture. « On parle d’alimentation, c’est trop précieux. On ne peut pas faire d’agriculture sans agriculteurs. Or, aujourd’hui, ils sont sacrifiés », lancet-il. Membre de l’European Milk Bord (EMB), l’OPL a joué un rôle clé dans la loi Sapin II qui doit rééquilibrer le rapport de force entre les acheteurs et les organisations ou associations de producteurs, grâce à la signature d’accordscadres. « Nous ne voulons plus être spectateurs, nous voulons être là demain et peser sur le débat », assure Véronique Le Floc’h, présidente de l’OPL.

Proposer des alternatives Et le consommateur dans tout ça ? « Il a aussi son rôle à jouer », souligne Michel Billaud, éleveur installé près d’Albert et administrateur de « Faire France », une marque solidaire et équitable de lait lancée en juin 2013, qui regroupe 1 000 producteurs. « Cela nous permet de retrouver le lien avec le consommateur. Aujourd’hui, les éleveurs sont obligés de vendre leur lait en dessous de leurs prix de revient, c’est aberrant. Nous avions envie d’un projet commun pour avancer et faire bouger la situation. Avec « Faire France », on va chercher les 10 centimes qui nous manquent par litre de lait, avec un produit équitable et de qualité », explique-t-il. En 2016, Lidl était le premier distributeur de la marque.