Mon assistant numérique aide particuliers et PME à franchir le cap

Publié dans le numéro 3654 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

D'après une étude de l'Insee de 2016, près du tiers des TPE et PME de moins de 50 salariés n'ont pas de site Web, soit neuf points de moins que la moyenne européenne.

Dépanner un entrepreneur ou un particulier qui se débat avec sa connexion Internet ou ne sait pas comment créer une page Web : c’est à un besoin très répandu que répond « Mon assistant numérique », un réseau de microfranchise solidaire qui se déploie actuellement sous la houlette de l’Adie, association d’accompagnement au microcrédit.

Créer une simple page Web, se dépatouiller d’une connexion Internet qui plante ou s’y retrouver entre les offres des opérateurs téléphoniques… À qui s’adresser ? Le 8 décembre, à Paris, le réseau de microfranchise solidaire « Mon assistant numérique » présentait son offre, lors d’une conférence de presse organisée avec l’Association de microcrédit accompagné (Adie), qui soutient le projet. Pour Antoine Poignant et Mathieu Tessier, les deux directeurs généraux de Pratimedia, qui détient la franchise, « il s’agit d’un nouveau métier. (…) On se focalise sur l’usage. On le fait chez les particuliers, en allant de l’initiation à la formation, et en s’assurant que tout marche bien, et chez les petits professionnels qui manquent d’interlocuteurs. Les professions libérales, les artisans, les commerçants ont des besoins mais ils n’ont pas les ressources en interne ou les moyens d’aller voir une SSII ». C’est en 2014 que Mathieu Tessier a créé « Mon assistant numérique ». Le réseau compte aujourd’hui 25 franchisés, un peu partout sur le territoire. L’objectif, à terme, est d’atteindre 300 franchises, au rythme d’une trentaine de plus chaque année.Lors de la conférence de presse, trois de ces franchisés, Pauline Tassel à Trébeurden, 4 000 habitants, près de Lannion (Côtes d’Armor), Xavier Contrepois, à Angers, et Éric Poirier, à Tours, ont témoigné d’une activité qui démarre fort, avec un nombre de clients qui se multiplie rapidement. Signe d’un besoin latent, « cela marche beaucoup par le bouche à oreille », explique Pauline Tassel. « Au départ, c’était les seniors, mais aujourd’hui, tout le monde fait appel à nous », raconte Éric Poirier. D’autant que les missions s’enchaînent : « On vient brancher une box, et puis on s’aperçoit qu’il y a plein de logiciels malveillants sur l’ordinateur », poursuit-il.

PME et particuliers, même constat

Dans des proportions diverses, les trois microfranchisés ont à la fois une clientèle professionnelle et particulière. Ainsi, Pauline Tassel, qui s’est adossée à un réseau d’entrepreneuses, Femmes  de Bretagne, compte parmi ses clients environ 20% d’entrepreneurs. « Ce sont souvent des artisans, par exemple, une couturière qui a besoin de faire connaître son activité. Ou alors des petits entrepreneurs qui veulent se faire connaître via les réseaux sociaux, avoir juste une page Internet », témoigne la jeune femme. Quant à Xavier Contrepois, si ses clients sont majoritairement des particuliers, il a aussi quelques petits entrepreneurs. Pour lui, qu’il s’agisse de particuliers ou de professionnels « globalement, ils ont les mêmes demandes ». À en suivre constats officiels et statistiques, ces nouveaux assistants numériques ont un boulevard commercial devant eux. Ce n’est pas pour rien que le maire de Trébeurden (Côtes d’Armor) n’a pas hésité à dresser une banderole à l’entrée de la ville pour faire connaître l’initiative de la jeune femme. Ni que Mounir Mahjoubi, président du Conseil national du numérique, présent lors de la conférence de presse, qualifie l’initiative de microfranchise de « formidable ». En effet, qu’il s’agisse des entreprises ou des particuliers, des retards et des manques criants persistent dans l’appropriation des usages numériques, pour certaines catégories de population. À ce titre, le Conseil national du numérique a été saisi par le gouvernement sur les deux sujets : « L’inclusion numérique pour les particuliers », et « La transition numérique pour les TPE et les PME », pour lequel il a élaboré un plan dont la mise en oeuvre vient d’être validée par le président de la République.

Une initiative qui rejoint les politiques publiques

Pour les TPE, « nous sommes très en retard », constate Mounir Mahjoubi. D’après une étude de l’Insee de 2016, près du tiers des TPE et PME de moins de 50 salariés n’ont pas de site Web, soit neuf points de moins que la moyenne européenne. Pour elles, souvent, le premier frein ne vient pas d’un manque d’intérêt. Leur problème, c’est « par où commencer, explique Mounir Mahjoubi. Google, Ebay, pagesjaunes.fr… Les patrons des TPE reçoivent une injonction permanente à l’innovation (…) mais sur l’offre, ils sont paumés. Par exemple, pour un commerce de proximité, un site Internet, cela doit coûter 500 ou 5 000 euros ? Ils ne savent pas », illustre-t-il, sur la base d’une étude approfondie menée par le Conseil national du Numérique. Et « Mon assistant numérique » pourrait constituer « le parfait débloqueur pour le démarrage, d’autant que le coût d’accès est très intéressant », juge Mounir Mahjoubi. Sur le plan de l’inclusion numérique pour les particuliers, le bilan n’est pas plus brillant. Car si l’administration électronique française figure parmi les plus développées en Europe, un quart des citoyens y accèdent peu, ou avec difficulté. « C’est une angoisse, cela les rend un peu moins citoyens », analyse Mounir Mahjoubi. Pis, 5% de la population n’y n’accède pas du tout, par exemple à cause d’un problème de handicap ou bien de langue. Or, les accompagnements publics, qui, en France, prennent la forme d’EPN, espaces publics numériques, sont bien loin de répondre complètement à ces besoins. Reste à savoir comment les prestations de « Mon assistant numérique » vont s’intégrer dans les politiques publiques existantes et à venir, avec le plan de soutien à la numérisation des PME et TPE et les nouveaux dispositifs prévus par le secrétariat d’État au Numérique, dans le cadre de l’inclusion numérique. Mais déjà, les particuliers qui recourent à « Mon assistant numérique » bénéficient de 50% de déduction fiscale au titre du service à la personne. Et pour les professionnels, ils pourront utiliser le chèque numérique, destiné à accompagner les premières actions de numérisation des PME et TPE, qui sera mis en place par le plan élaboré par le Conseil national du numérique.