Amiens, future métropole de l’innovation ?

Publié dans le numéro 3654 par

 

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La 50e édition du Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas se tiendra début janvier et la délégation française s’affichera comme la 3e puissance mondiale avec 275 entreprises exposantes sous la bannière French Tech. Deux start-up picardes participent à cette grand-messe, l’occasion de revenir sur les initiatives mises en place par la région et en particulier autour d’Amiens pour favoriser l’essor des entreprises innovantes.

D’après un palmarès établi par les magazines L’Entreprise, L’Expansion et Ellisphere, Amiens pointerait au 13e rang des meilleures agglomérations de plus 100 000 habitants pour entreprendre lorsque Lille s’installe sur la deuxième marche du podium des villes de plus de 500 000 habitants, derrière Lyon. Une situation préjudiciable pour la ville d’Amiens. D’autant qu’avec la fusion de la Picardie avec le Nord- Pas-de-Calais, l’ancienne capitale régionale a perdu son titre au profit de Lille avec le risque de se trouver de plus en plus marginaliser dans ce nouvel ensemble. Lille a su rapidement tirer avantage de sa position géographique privilégiée au coeur de l’Europe, de ses infrastructures telles que Eura Technologies, de la présence de grands entreprises internationales (OVH, IBM) et de ses universités pour devenir en quelques années un lieu phare en France pour le développement des start-up. Auréolé de son statut de Métropole French Tech dès 2014, Lille affiche un fort dynamisme dans l’entreprenariat innovant. Cette année, cinq start-up lilloises seront exposantes à l’Eureka Park du CES de Las Vegas. Bien que la métropole d’Amiens, d’une taille plus modeste, n’affiche pas les mêmes atouts que Lille, elle peut mettre en avant sa qualité de vie pour attirer les talents. Enfin, les pouvoirs publics en collaboration avec des initiatives du privé et de la vie civile déploient leur énergie pour faire émerger Amiens comme une future grande métropole de l’innovation.

De nombreuses initiatives

En 2014, la métropole d’Amiens n’avait pas pu se faire labelliser French Tech. « Le cahier des charges définit 19 critères très exigeants. À ce moment, Amiens ne les respectait pas tous. S’il existait déjà un écosystème favorable, on devrait encore le structurer. Depuis, on constate une volonté de faire bouger les lignes, une dynamique formidable s’est mise en place », annonce Arnaud Van Sante, administrateur de la Tech Amiénoise. S’il sera difficile de concurrencer Lille, la métropole d’Amiens ambitionne de s’aff irmer comme un grand pôle régional. Dans cette
optique, Amiens a lancé dès la fin 2014 le Pacte pour l’emploi et l’innovation qui doit favoriser la création d’entreprises. « Dans le quartier de Saint-Leu, nous avons ouvert le Quai de l’innovation. Cet espace de 3 500 m² va abriter une cantine numérique avec le soutien de la Tech Amiénoise, un incubateur et les équipes d’animations des clusters », explique François Xavier Level, directeur adjoint en charge des clusters. Fer de lance de la nouvelle dynamique, Amiens a créé trois clusters pour renforcer la compétitivité des entreprises autour de trois thématiques, le cluster le Bloc pour l’e-santé, le cluster ADN pour le numérique et le cluster Energia pour l’énergie. Les premiers résultats sont déjà visibles, une start-up hébergée par le Bloc a réussi à lever récemment 1,2 million d’euros. Depuis une nouvelle banque numérique est en négociation avec la métropole pour s’y installer et développer ses activités. De son côté, la CCI Amiens-Picardie ne ménage pas ses efforts pour attirer les jeunes entrepreneurs. Depuis les années 90, son centre de relation clientèle a permis de créer 3 000 emplois et la CCI a ouvert en 2010 une pépinière d’entreprises et un hôtel d’entreprises uniquement sur le numérique : Amiens le L@b’. « Les entreprises hébergées ont un taux de survie de 75% à cinq ans grâce notamment à un accompagnement personnalisé pour aider les entrepreneurs à monter leur business plan, mener leurs réflexions stratégiques, sans oublier la mise en réseau avec d’autres acteurs spécialisés dans l’innovation », remarque un porte-parole de la CCI Amiens-Picardie. Depuis 2012, le Fablab la Machinerie participe également au rayonnement du territoire d’Amiens en mettant à disposition des porteurs de projet un parc d’une dizaine d’imprimantes 3D et d’une découpeuse laser permettant de créer et tester des prototypes : « Nous avons aussi un incubateur avec six projets en cours et nous proposons un espace de coworking», précise Yann Paulmier, trésorier de la Machinerie. Fédérer les acteurs Depuis juin dernier, Amiens Métropole est labellisée French Tech réseau thématique e-santé, une première étape avant une probable labellisation Métropole French tech. « Nous répondrons au prochain appel à candidature en 2018 car nous estimons remplir tous les critères », aff irme François Xavier Level, avec le soutien de la Tech Amiénoise et de Lille French Tech. Le label consacre les efforts entrepris pour développer un écosystème qui passe par la coopération et la mise en relation de tous les acteurs locaux : « C’est un basculement du modèle économique avec des réseaux de plus en plus forts et structurés », explique Yann Paulmier. Un point de vue partagé par Philippe Pruvot, directeur général délégué de Picardie Investissement : « L’écosystème est primordial. En tant qu’investisseur, nous présentons les porteurs de projets aux réseaux de Business Angels et aux sociétés de capital risque. Nous pouvons aussi appuyer des projets auprès des banques susceptibles de compléter des levées de fonds avec des prêts. » Le soutien à l’innovation passe également par une étroite collaboration avec les universités et les entreprises du privé. La Tech Amiénoise participe à ce travail à travers ses conférences thématiques et ses déjeuners networking avec des intervenants issus de l’entreprise, qui se veulent des moments d ‘échange et de retour d’expérience. Le cluster e-santé apparaît comme un exemple à suivre dans l’avenir. Dès le début, il a noué de nombreux partenariats avec notamment l’UPJV, le CHU, la clinique Victor-Pauchet, des entreprises locales et des laboratoires ainsi que des centres de recherches. « Amiens Métropole veut renforcer les synergies entre les différents organismes en travaillant ensemble au renforcement de notre attractivité », conclut François Xavier Level.