Les Réseaux Dephy, pour une agriculture écoresponsable

Publié dans le numéro 3635 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Anne Coupet, à Richebourg (Pas-de-Calais), produit des céréales et betteraves en grandes cultures et cultive des légumes destinés au marché du frais ainsi qu’à l’industrie.

Réduire et optimiser l’utilisation des produits phytosanitaires, tout en maintenant une  agriculture économiquement performante, telle est l’ambition du plan national Ecophyto et des agriculteurs engagés dans les réseaux Démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en phytosanitaire (Dephy).

En région Hauts-de-France, divers acteurs s’impliquent activement dans la démarche. Les chambres d’agriculture participent activement à l’ensemble des actions du plan Ecophyto. À ce titre, elles ont souhaité valoriser dernièrement le travail fourni par ces femmes et ces hommes qui s’engagent dans une démarche volontaire pour produire autrement, adopter des méthodes novatrices et contribuer à la mise en place d’une agriculture durable.
La genèse du dispositif Un plan Ecophyto a été initié en 2008 à la suite du Grenelle de l’environnement. Depuis sa mise en place, agriculteurs, chercheurs, techniciens des chambres d’agriculture ou instituts techniques ont déjà engagé de nombreuses actions. Désormais entré dans sa deuxième phase, le plan axe fortement ses objectifs autour de la diffusion et la démultiplication des acteurs professionnels agricoles et des agriculteurs impliqués. Les réseaux Dephy constituent une action majeure du plan Ecophyto. Depuis plus de cinq ans, des agriculteurs, en lien étroit avec des centres de recherche (INRA, etc.), développent une agriculture plus économe en produits phytosanitaires à travers ces réseaux. Le dispositif Dephy s’articule autour de sites d’expérimentations (Dephy Expe) et de groupes de fermes de démonstration (Dephy Ferme). Chaque groupe se compose de dix à quinze agriculteurs engagés volontairement qui, en plus de la mise en place de leviers innovants au sein de leurs exploitations, travaillent autour d’un projet collectif.
Les réseaux mis en œuvre Le dispositif Dephy a pour finalité d’éprouver, valoriser et déployer les techniques et systèmes agricoles réduisant l’usage des produits phytosanitaires, tout en promouvant des techniques performantes sur l’aspect économique, environnemental et social. Il repose sur un réseau national couvrant l’ensemble des filières de production et mobilisant les partenaires de la recherche, du développement et du transfert. Il se décline en deux volets : le réseau Dephy Expe, axé sur la recherche agronomique qui réunit 41 porteurs de projet s’appuyant sur environ 185 sites expérimentaux, et le réseau Dephy Ferme, composé de fermes pilotes (initialement 1 900, bientôt près de 3 000 dans le cadre d’Ecphyto 2) mettant en œuvre des techniques et des systèmes de culture économes et performants. Une Cellule nationale d’animation (CAN) met à la disposition du dispositif des ressources et coordonne la production de connaissances et de références. L’appui concernant les méthodes de travail sur l’acquisition de données et l’animation passe par un ingénieur territorial qui coordonne les travaux sur la région Hauts-de-France et une partie de la Marne. Les projets concernant la valorisation régionale et la communication des résultats sont coordonnés par des animateurs Ecophyto régionaux.
La ferme Coupet  du réseau « Légumes frais »… Le réseau Dephy « Légumes frais » est animé par la chambre d’agriculture du Nord-Pasde-Calais et se compose de onze agriculteurs. Il s’agit d’exploitations où sont cultivés des légumes dans une rotation intégrant également des grandes cultures. Les principaux légumes cultivés sont le chou pommé, le chou-fleur, le poireau, la salade et l’oignon. Ces légumes représentatifs de la région font partie des productions suivies par les conseillers du pôle légumes région Nord. La production de légumes frais est soumise à des contraintes de qualité strictes. Cela rend la gestion sanitaire plus complexe, dans la mesure où la gamme de matières actives phytosanitaires se restreint de plus en plus. Les exploitations du réseau cherchent des solutions alternatives visant à pallier ces contraintes. L’ensemble des producteurs travaillent autour d’un projet commun : la gestion des adventices. Au sein du groupe, plusieurs méthodes sont utilisées et étudiées pour diminuer les interventions herbicides, comme le désherbage mécanique, le paillage, la réduction des doses ou les cultures associées. Anne et Bernard Coupet, à Richebourg (Pas-de-Calais), produisent des céréales et betteraves en grandes cultures et cultivent des légumes destinés au marché du frais ainsi qu’à l’industrie. Établie sur 88 hectares, la structure est gérée par les deux exploitants, accompagnés d’un apprenti et de six saisonniers. La culture de chouxfleurs demande beaucoup de temps, que ce soit pour la plantation, les interventions en culture ou la récolte. La présence d’une équipe de salariés soudés est indispensable pour gérer le bon déroulement de la culture. « Nous avons rejoint ce réseau, car nous sommes conscients de la nécessité de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires afin de minimiser l’impact environnemental de notre activité. Nous avons toujours été sensibles à cette problématique : nous étions déjà engagés dans une démarche responsable, avec beaucoup de réflexions menées autour de nos interventions. Notre profession est trop souvent montrée du doigt, elle doit être capable de s’adapter et de répondre à la demande sociétale. Notre principal objectif est ici de pouvoir échanger avec d’autres agriculteurs sur des pratiques alternatives et
contribuer au développement de nouveaux leviers. »
… Et la ferme Deroo du réseau « Légumes d’industrie » Créé en 2011, le groupe Dephy « Légumes d’industrie », animé par la chambre d’agriculture de la Somme et l’Organisation des producteurs de légumes (OPL) verts, comprend dix producteurs. Les exploitations du réseau se situent au cœur d’une zone de production de légumes d’industrie. La stratégie de la filière est de cultiver les légumes en prenant en compte l’environnement et en s’adaptant aux évolutions réglementaires comme la suppression de matières actives entraînant des besoins d’adaptations et de solutions alternatives. L’objectif du réseau est de développer des leviers alternatifs aux produits phytosanitaires en maintenant l’équilibre économique et la qualité de la production. En effet, en cas de mauvaise maîtrise de l’état sanitaire, les légumes ne pourront pas être récoltés par les industries. Alexandre Deroo, à Méharicourt (Somme), produit des légumes destinés à l’industrie (pois de conserve, haricots et oignons) et développe également de grandes cultures (blé, pommes de terre de consommation, lin textile et maïs grain). L’exploitation se situe dans le Santerre et fait partie d’un Groupement d’intérêt économique (GIE) établi sur 580 hectares. « Ce que m’apporte le réseau Dephy, c’est de pouvoir partager avec un groupe des informations en lien avec une production plus respectueuse de son environnement. Mon objectif est d’obtenir un système agronomiquement, écologiquement et économiquement performant et durable. Je souhaite à la fois optimiser le temps de travail, produire plus propre et économiquement rentable, dépendre le moins possible des intrants et améliorer la fertilité des sols, tout en travaillant dans un cadre plaisant. »