Le café du village, ce héros

Publié dans le numéro 3632 par

 

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Les cafetiers débattent de leur avenir et de la façon de contribuer au dynamisme économique de leur territoire

Fin juin, France boissons proposait sa troisième rencontre « Comptoirs et Territoires ». Celle-ci se déroulait au restaurant Les Tisons d’Ailly-leHaut-Clocher, en présence d’élus et surtout de gérants de cafés et bistrots des villages alentour. Tous ont débattu sur la relation gagnantgagnant au service du développement économique de leur territoire.

Élus et patrons d’établissements de la filière CHR (cafés, hôtels, restaurants) sont tous d’accord sur l’importance des cafés et bistrots dans la redynamisation économique des centres-villes de la Somme, mais aussi du rôle clé des cafetiers dans le maintien du lien social dans ces territoires souvent très ruraux. Mais comment soutenir cette filière essentielle à l’attractivité touristique de la France qui souffre pourtant de plus en plus de la désertification des villages, s’interrogeaient les patrons présents. Et comment l’innovation, et notamment l’innovation numérique, peut-elle pénétrer ce secteur ? « En ce qui me concerne, je tiens avec mon épouse un café-tabac-loto-PMU à Flixecourt, Le Café du Centre. Il y en avait vingt-huit au moment des usines Saint Frères. Nous sommes deux aujourd’hui. Tout est dit. Sincèrement, c’était mieux avant : il n’y avait pas Internet, la télévision n’était pas tant développée et surtout il y avait une plus grande convivialité. Maintenant, les gens boivent chez eux. Pourtant, notre métier, c’est l’accueil, la chaleur humaine, voire faire rire. Il est vrai que pour faire notre métier, il faut aimer les gens avant le tiroir-caisse. Mais pour s’en sortir financièrement, il faut sans cesse développer les services proposés », résume avec passion Thierry Judenne. Pour le patron du bar-tabac de Pont-Rémy, Le Royal, la situation est devenue critique : « Depuis quatre ans, je fais PMU, jeux et presse dans mon café et je suis ouvert tous les jours de 6h30 à 20h30. On nous pousse toujours à la vente, les linéaires sont plein de jeux de grattage, cigarettes et pourtant on nous multiplie dans le même temps les interdits, les contrôles et les restrictions », confie Jean-François Hoin.

La créativité pour dynamiser Pour revitaliser les petites communes, bien souvent le café du village est une des rares animations. Les CHR sont le lieu incontournable de rencontres et d’échanges multigénérationnels. « Je regrette que les élus ne terminent plus leurs conseils municipaux au café, comme auparavant cela se faisait. Ou que les associations ne se retrouvent plus dans nos établissements pour fêter quelque chose ou juste se retrouver : ils ont des salles pour cela… Il y avait même des communes qui organisaient les cantines scolaires dans nos restaurants », se souvient Murielle Savreux qui tient Le Phoenix à Nouvion-enPonthieu. « De toute façon, dès que l’on perd un client il n’est plus remplacé. Ce n’est plus le même mode de vie qu’avant. Pourtant, ce n’est pas faute de se diversifier. Car, avec ma femme, nous faisons aussi épicerie et bal car je suis accordéoniste », ajoute Michel Lecuyer qui dirige Le Picardie à Miannay. D’autres cafés sont aussi des points relais et se substituent à La Poste pour offrir toujours plus de solutions aux habitants de villages devenus dortoirs. « Le numérique peut devenir une autre force du point de vente. Il faut développer les usages numériques dans les bistrots pour créer du trafic et accroître peu à peu la clientèle », propose, entre autres idées et annonces concrètes, Christophe Coulon, viceprésident du Conseil régional en charge de la ruralité et du développement numérique. En offrant par exemple le wifi et d’autres services très utiles et appréciés des clients, ces derniers auront toutes les raisons de faire de leur café leur deuxième maison tout en maintenant l’âme du village.