Rev 3 en marche dans la grande région

Publié dans le numéro 3625 par

 

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Le nouveau bâtiment, passif de la FDE 80, se veut un exemple à suivre pour les collectivités.

Après les première et deuxième Révolutions industrielles, voici venu le temps de Rev 3. Initialement pensée à l’échelle de la région Nord-Pasde-Calais, la Troisième Révolution industrielle s’étend aujourd’hui à l’ensemble de la grande région. Objectif : coupler les technologies de l’Internet et les énergies renouvelables pour passer en 2050 à l’ère post-carbone, et ainsi couvrir la totalité des besoins énergétiques grâce aux énergies renouvelables.

Pour mettre sur pied Rev 3, la région Nord-Pas-de-Calais s’est octroyé en 2012 les services de l’inspirateur du modèle de la troisième Révolution industrielle Jérémy Rifkin, essayiste américain spécialiste de prospective et auteur de l’ouvrage Troisième révolution industrielle dans lequel il propose des solutions pour une croissance durable tout au long du XXIe siècle. Le projet stratégique de la CCI région Nord de France et du conseil régional Nord-Pas-de-Calais a été officiellement présenté en octobre 2013 durant le World Forum Lille, après neuf mois de brainstorming durant lesquels 120 décideurs économiques ont œuvré aux côtés de Jérémy Rifkin et son équipe d’experts pour mettre sur pied le Master plan, véritable feuille de route précisant les priorités d’actions, et les outils mis à disposition des entreprises pour se lancer dans des projets Rev 3. Cette démarche représente une première mondiale à l’échelle d’une région, et avec ce nouveau modèle économique, la région espère d’ici à 2050 devenir l’une des plus efficaces et productives de la planète en matière d’économie décarbonée. Avec Rev 3 la consommation énergétique de la région devrait diminuer de 60% et les émissions de gaz à effets de serre être divisées par quatre, grâce aux objectifs qu’elle s’est fixés (voir encadré 2), pour devenir un des fers de lance de l’économie de demain. « C’est une Révolution que le plus grand nombre doit s’approprier, estime Philippe Rapeneau, vice-président délégué au développement durable, à la Troisième révolution industrielle (TRI) et à la transition énergétique à la Région. Notre rôle est de sensibiliser les entreprises, institutionnels, les branches professionnelles, les collectivités rurales, en milieu urbain comme rural, et de les intégrer dans ce vaste réseau, qui dépasse les frontières régionales dans une logique de benchmarking et de retours d’expériences. »

Rev 3 en Picardie Avec la naissance des Hauts-de-France, la Picardie est désormais impliquée dans le processus, c’est le cas de la CCI Amiens-Picardie, qui comme beaucoup « a pris le train de Rev 3 en marche, il s’agit plus d’une approche pragmatique, d’un engagement collaboratif sur la façon d’appréhender les projets, on fait de la Rev 3 comme Monsieur Jourdain fait de la prose… », estime-t-on au sein du service Développement économique de la chambre de commerce. La CCI intègre donc dans ses opérations la dimension Rev 3, c’est le cas de l’extension du pôle Jules-Verne de Glisy, le cluster santé et l’intercampus. « Notre rôle est de sensibiliser les entreprises et les architectes, de leur suggérer des pistes sans leur en imposer, comme le recours aux véhicules électriques et aux modes doux, à l’éclairage Led, aux réseaux électriques intelligents, etc. L’idée est de leur trouver des solutions alternatives entrant dans le cadre de Rev 3, en travaillant également sur la biodiversité aux abords des bâtiments, en privilégiant par exemple les plantes mélifères, ou encore en étant attentif à la qualité patrimoniale. Plus largement, il faut viser la mutualisation et miser sur les circuits courts pour les chantiers notamment », poursuivent les responsables du service Développement économique. Le nouveau bâtiment de la Fédération départementale d’énergie de la Somme (FDE 80) installée sur le pôle Jules-Verne pourrait constituer un cas d’école : « Nous avons souhaité ériger un bâtiment Bepos vitrine pour les communes, avec une gestion thermique remarquable, étanche à l’air et qui à terme doit consommer 15 Kw au mètre carré, contre 65 Kw pour les bâtiments suivant la RT 2012. L’éclairage se module en fonction du nombre de personnes présentes dans les bureaux et de la luminosité extérieure, des panneaux photovoltaïques sont installés sur le toit. Le bâtiment passif permet ainsi de produire plus d’électricité que nous n’en consommons et la chaudière gaz cogénération produit du courant », énumère le président Jean-Claude Morgand. L’idée de fond de ce projet imaginé en 2012 étant de faire prendre conscience aux collectivités qu’il est possible de mener des réhabilitations permettant de faire de substantielles économies d’énergie, « et de créer des groupements pour les achats », complète le président. Une chose est sûre, si Rev 3 a été impulsée par le Nord-Pas-de-Calais, il n’est pas question de ne pas y associer pleinement l’ex-Picardie : « La démarche et l’ordre de marche sont pleinement partagés entre les deux régions qui n’en font désormais plus

qu’une, et les outils initiaux ont été étendus à l’ensemble des Hautsde-France, nous nous nourrissons mutuellement des expériences menées de part et d’autre », assure le directeur général de la CCI de région Nord David Brusselle. Les chambres de commerce picardes pourraient ainsi suivre l’exemple de leurs homologues nordistes, qui ont mis sur pied CCI Digital, composé de conseillers dédiés à l’accompagnement – des entreprises – dans le cadre de Rev 3. « Ce sont essentiellement des ingénieurs spécialisés dans des domaines techniques comme l’éolien ou la mobilité. Une quinzaine de personnes au total, qui appuient les conseillers généralistes des CCI », explique David Brusselle. Car c’est bien l’entreprise qui est au cœur de Rev 3 : « Nous avons un rôle de facilitateur et de mise en œuvre, mais ces sont les entreprises qui font vivre cette troisième Révolution industrielle », confirme Philippe Rapeneau.

Les outils Pour financer Rev3, des dispositifs innovants et outils financiers ont été initiés pour accompagner les entreprises, comme le crowdfunding, via cinq partenariats avec des plates-formes spécialisées, dont Kiss Kiss Bank Bank qui comporte un espace dédié à Rev 3 – une quarantaine de projets ont été entièrement ou partiellement financés par ce biais –, et le livret d’épargne Rev 3 lancé conjointement en janvier 2015 par le Crédit coopératif et les CCI Nord de France. « Il est rémunéré à 1,5% pour les dépôts de 10 à 1 500 euros, précise David Brusselle, avec un taux passant à 0,55% pour les dépôts plus conséquents. Plus d’un millier de livrets ont été ouverts, et 12 millions récoltés à ce jour. » L’épargne qui y est placée, par des citoyens et associations, permet d’octroyer des prêts aux taux attractifs aux entreprises ayant des projets liés à Rev 3. Autre outil phare de Rev 3 : le fonds d’investissement dédié, qui associe finances publique et privée, avec le Feder, la Caisse des dépôts, la Banque européenne d’investissement et le Crédit agricole Nord de France. Il a vocation à financer des entreprises ayant un lien avec les piliers (voir encadré 2) de Rev 3. « 40 millions d’euros ont été collectés, et seront alloués au financement des entreprises sous forme de prise de participation au capital », indique le directeur général de la CCIR Nord de France. La chambre de commerce régionale a également mis en place le Hub financement, « qui sera progressivement déployé à l’ensemble de la Picardie », assure David Brusselle. « Ces réunions trimestrielles s’adressent aux entreprises ayant des projets à financer en lien avec Rev 3, détaille Djibril Diaw, conseiller financement à la CCI Artois. Elles peuvent le présenter devant les principaux financeurs de la région, ce qui représente pour les dirigeants un gain de temps considérable. Nous sommes là pour les épauler et simplifier leurs démarches, en détectant dans un premier temps les projets d’entreprises éligibles, et en préparant avec elles les dossiers. » Trois à quatre dossiers sont examinés à chaque Hub, « deux projets sur trois sont financés dans les trois à quatre mois suivants la réunion », reprend David Brusselle. Chef de file de cette troisième révolution industrielle, le nouveau modèle économique des Hauts-de-France fait déjà des émules en France mais aussi à l’international, avec Rotterdam La Haye et le Grand Duché du Luxembourg. David Brusselle ne s’en étonne pas : « Il s’agit d’un enjeu essentiel, de développement économique d’abord, d’emplois et d’embauches, la région a clairement un coup d’avance et nous ferons tout pour le conserver, pour asseoir notre dynamisme en matière de bioéconomie. » Prochaine grande étape régionale : le 29 juin à l’UPJV d’Amiens avec le Forum d’orientation de la troisième Révolution industrielle en présence de Jérémy Rifkin et du président de région Xavier Bertrand.