La génération Y révolutionne les codes

Publié dans le numéro 3599 par

 

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L a génération Y donne lieu à de nombreux discours sur son comportement au travail. Pourtant, les Y ne rejettent pas, contrairement aux idées reçues, le monde de l’entreprise. Seulement, cette génération a observé de près et pour la premières fois, les conséquences du chômage et des parents qui se sont fait remercier en temps de crise. Bien que diplômée, cette génération rencontre les plus grandes difficultés à entrer sur le marché du travail en raison de son manque d’expérience professionnelle et d’opportunités plus rares. Pour preuve, le taux de chômage chez les jeunes est dramatiquement élevé en France (24% en avril 2015 pour les moins de 25 ans). Face à cette désillusion, cette génération précaire qui enchaine les stages ou CDD aborde différemment leur vie active. Si le travail reste pour eux une source d’épanouissement, elle n’est pas la seule. « Le bonheur tient à l’harmonie, à l’équilibre entre la sphère professionnelle et la sphère privée », explique l’association WoMen’Up dans une étude sur la génération Y publiée par le cabinet d’audit Mazars. Une génération en quête de bonheur Un brin idéaliste, les Y affirment leur droit au bonheur. Ainsi dans l’enquête menée par le cabinet Mazars en 2012 auprès d’un échantillon mondial représentant cette génération, 28,5% des interrogés affichent comme objectif premier de réussir à équilibrer leur vie privée avec leur vie professionnelle et 27% de vivre pleinement leur vie. En cela, ils s’opposent aux aspirations de leurs parents qui pour 32% cherchaient l’indépendance financière. « Les jeunes revendiquent le droit de conserver du temps pour leurs loisirs » précise Axelle Longuet, psychologue du travail chez A.U. Conseil RH. Pour cette génération « digital native » qui connaît parfaitement les clés et les codes des réseaux sociaux, la notion de relation entre les individus est une priorité. Ils placent le collectif au centre de toutes leurs attentes. De ce constat, il n’est pas étrange que les Y soient deux fois plus nombreux que leurs parents à déclarer vouloir s’investir dans une cause. « Ils sont constamment à la recherche d’épanouissement et de bien-être y compris dans le travail », note Jérémy Abramowsky, psychologue du travail chez A.U. Conseil RH.

Une approche différente du monde du travail

La génération Y fait voler en éclat certains dogmes bien établis en entreprise. Ils contestent le présentéisme, remettent en cause les liens hiérarchiques et manifestent leur point de vue. « Ces jeunes salariés ont, avant tout, un besoin de reconnaissance dans les entreprises. Le sentiment d’utilité est important, c’est pourquoi les entreprises doivent leur faire des retours pour ne pas briser leur enthousiasme », développe Jérémy Abramowsky et Laurent Choain, directeur des ressources humaines de Mazars, ajoutent : « Ils sont avides de sens et souhaitent des méthodes de travail différentes. » Près d’un quart des salariés de moins de 35 ans considère que l’entreprise ne leur fait pas confiance créant un sentiment de défiance. Plus indépendants que leurs aînés, les Y accordent une grande importance à l’ambiance de travail qui passe par les relations sociales avec les collègues de bureau et aussi par l’utilisation des nouvelles technologies « Pour cette génération, la technologie imprègne leur quotidien. Pour prendre du plaisir sur le lieu de travail, les entreprises doivent faciliter l’utilisation des nouveaux outils », constate Axelle Longuet. Par ailleurs, l’émergence d’un monde du travail connecté bouleverse les codes des horaires de bureaux. « Cette jeune génération a un besoin de liberté. Les horaires classiques de bureaux ne leur conviennent pas. Ils sont farouchement opposés au présentéisme », précise la psychologue du travail. La génération Y n’est pas sur un modèle de travail basé sur la notion du temps. Au contraire, le challenge de relever des objectifs est totalement indépendant du temps de travail. « En réalité, ils consultent leurs mails depuis chez eux dès le réveil. Ils demandent plus de souplesse dans leur organisation mais peuvent travailler au delà des 35 heures hebdomadaires si le projet le nécessite », ajoute Jérémy Abramowsky.

Un risque de conflit intergénérationnel

Le comportement nouveau de la génération Y peut être mal interprété par le management qui y verrait une forme de dilettantisme, en particulier pour les générations X ou les baby boomers. Si les Y ne sont pas prêts à faire des concessions, l’entreprise doit s’adapter pour éviter un risque de conflit intergénérationnel. Pour cela, les entreprises doivent adapter leur communication auprès de leurs salariés. « C’est indispensable pour la nouvelle génération pour qui l’affect à un rôle central dans son épanouissement », remarque Axelle Longuet. Les sociétés vont tendre à diminuer le poids de la hiérarchie et raisonner plutôt par projet en petit groupe permettant à chacun de s’exprimer et d’apporter sa créativité ainsi que ses compétences. S’ils travaillent de manière différente, les Y n’en restent pas moins ambitieux et désirent réussir leur carrière professionnelle.

À la pépinière d’entreprises de Beauvais, un tiers des entreprises hébergées ont été fondées par des entrepreneurs de la génération Y.

À la pépinière d’entreprises de Beauvais, un tiers des entreprises hébergées ont été fondées par des entrepreneurs de la génération Y.

Une génération d’entrepreneurs

La génération Y se différencie par son très fort désir d’entreprendre en lien direct avec leur volonté d’autonomie tout en évoluant dans un contexte d’emploi défavorable. Une étude de la BNP Paribas Wealth Management publiée courant novembre met en lumière l’émergence de cette génération d’entrepreneurs dans laquelle les femmes sont bien représentées. En moyenne, les entrepreneurs de la génération Y ont lancé 7,7 entreprises contre 3,5 pour leurs aînés. « On constate une tendance très forte à l’entreprenariat chez les jeunes même chez les 18-20 ans qui proposent des projets intéressants », commente Consuelo Monfort, directrice de la pépinière d’entreprises de Beauvais. Un tiers des entreprises hébergées ont été fondées par des entrepreneurs de la génération Y, « le taux de survie à cinq ans est de 89% », précise la directrice. Cette génération, à l’aise avec les outils numériques, lance des projets dans le numérique, la technologie mais aussi les secteurs traditionnels. Selon l’étude, les femmes connaissent plus de succès que leurs homologues masculins. « Nous hébergeons un tiers de femmes entrepreneuses dont trois ont été récompensées pour leur projet » , ajoute la directrice. Si l’environnement de la pépinière est stimulant, les jeunes pousses ont un réel besoin d’accompagnement pour porter leur projet.

Alban LE MEUR