Christian Fabry à propos de la COP21 : « Il se passe quelque chose »

Publié dans le numéro 3601 par

 

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Christian Fabry est le directeur de l'Ademe Picardie

Christian Fabry est le directeur de l'Ademe Picardie

Picardie la Gazette : Quel bilan tirez-vous de la COP21 ? >
Christian Fabry :
Est-ce que l’accord est historique, comme cela a été annoncé ? Ne boudons pas notre plaisir : quand 150 chefs d’État ou de gouvernements se déplacent pour interroger le développement au regard des enjeux environnementaux, il se passe quelque chose. Quand 195 États – et pas seulement les pays industrialisés – s’engagent à mettre en place en 2020 des politiques pour limiter le réchauffement à 2 degrés, on mesure le chemin parcouru depuis les autres conférences, où seuls les pays industrialisés s’engageaient. Aujourd’hui nord et sud, pays développés et nouvelles puissances économiques sont là. Quand les choix énergétiques – sur l’ensemble de la planète – sont à ce point questionnés, et quand le sujet déborde le champ énergétique pour investir les questions économiques et sociales, on ouvre un formidable chantier : pas seulement celui de la technologie, mais aussi celui du mode de vie. J’observe, au travers des travaux que nous menons avec des collectivités, ou encore lors de débats auxquels je suis invité, que la recherche de réponses sur l’action à mener réunit des acteurs économiques et sociaux qui, il y a encore quelques années, s’affrontaient sur ces sujets.

P.L.G. : Pensez-vous que ces accords vont assez loin ?
C.F. :
Si j’ai bien compris, au-delà de l’accord… il y a encore du boulot ! Les contributions et propositions de chacun des États, mises bout à bout (après un long travail de mise en cohérence) ne permettent pas d’atteindre les 2 degrés figurant dans le protocole ; le fameux fonds de 100 milliards de dollars par an – introduit déjà lors de la conférence de Copenhague – pour accompagner le « sud » dans son développement et son adaptation doit encore être précisé. Et les mécanismes de suivi, qui doivent respecter la souveraineté de chacun des état, restent à écrire. Pouvait-on aller plus loin ? Je ne sais pas. Mais au-delà des États, c’est au coeur des sociétés, que cela se joue.

P.L.G. : Est-ce que les dispositions prises lors de la COP21 vont changer les objectifs de l’Ademe ?
C.F. : L’Ademe s’est inscrite de longue date dans cette nécessité de préserver les ressources (d’énergie, de matières premières…) et de limiter les émissions de gaz à effet de serre : c’est ce que le législateur, dès 1992, lui a demandé de faire. Et le « facteur 4 » (pour maintenir à 2 degrés l’élévation de température en 2100, il faut que les émissions de gaz à effet de serre soient divisées par 4 en 2050) a régi l’écriture du Schéma régional air énergie climat que l’Ademe l’État et la Région ont mené en 2010- 2012.

Le 3 décembre dernier, le Réseau régional économie circulaire – qui réunit des partenaires issus de différentes structures – s’est réuni à Méaulte. Il est composé de trentenaires et de jeunes quadras enthousiastes et inventifs : quel plaisir pour un directeur régional de l’Ademe qui, dans quelques jours, passera la main !

Alexandre BARLOT