Boucher-de-Perthes, musée ancré dans le territoire

Publié dans le numéro 3579 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Le musée est implanté dans le beffroi.

Le musée est implanté dans le beffroi.

Le beffroi d’Abbeville est l’un des plus anciens de France. Sa construction a débuté dès 1209. Il était alors l’affirmation de l’indépendance de la cité face au pouvoir du seigneur et symbolisait donc le pouvoir civil. Il a été intégré au musée Boucher-de-Perthes en 1954 lors de sa construction. Il faisait auparavant partie de l’hôtel de ville. Mais celui-ci a été détruit lors des bombardements de mai 1940. Le beffroi est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Il est classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis dix ans.

« Une histoire très très riche »

Dès la montée de l’escalier, un buste du père de la préhistoire, l’Abbevillois Boucher de Perthes et oeuvre du sculpteur Amiénois Léon Lamotte, vous accueille. Sur la gauche, deux toiles d’Alfred Manessier sont accrochées. Bienvenue au musée Boucher de Perthes. Il fait la part belle aux beaux- arts, à l’histoire naturelle et à l’archéologie. Depuis décembre dernier, après des études de conservateur, Agathe Jagerschmidt dirige le musée de 1 500 m2 et cinq salles, qui compte neuf salariés. Elle est très heureuse d’être en poste à Abbeville : « C’était un choix de venir dans ce musée, raconte la jeune femme de 29 ans, qui peut compter sur l’Association des amis du musée Boucher-de-Perthes. Je suivais ma formation lorsque j’ai vu passer l’annonce. J’ai répondu car le musée a une histoire très très riche. À l’origine, il y avait deux musées dans la ville : celui d’Abbeville et du Ponthieu fondé, en 1833, par la Société d’émulation historique et littéraire d’Abbeville qui était dans l’hôtel Foucques d’Emonville depuis 1880 et celui Boucherde-Perthes, une partie des collections de Jules-Armand Guillaume Boucher de Perthes et de son fils Jacques Boucher de Perthes qui étaient dans leur immeuble, ont été détruites lors du bombardement du 20 mai 1940. »

Cohérence

Selon la conservatrice, les collections du musée sont en cohérence avec le territoire de l’Abbevillois. Ainsi, le grand public peut admirer une collection de gravures de la famille Depoilly et de Claude Mellan. Jean Duchesne de Lamotte a légué quant à lui une imposante collection d’animaux naturalisés de 5 000 spécimens originaires des cinq continents. Son grand pingouin est d’ailleurs l’oeuvre du mois. Il aurait été tué à Cherbourg en 1810 durant la période de reproduction. Il mesure près de 80 cm. Cette espèce aurait disparu au milieu du XIXe siècle. Il ne subsisterait que 80 exemplaires naturalisés. Dans une des pièces annexes du musée, installées dans l’ancien beffroi, on peut admirer de belles céramiques allant de l’antiquité jusqu’au XIXe siècle. Dans la salle destinée à l’histoire naturelle, on trouve également des espèces ocales comme un sanglier, un lièvre mais aussi une spatule blanche, un canard colvert, un tadorne de belon qui voisinent avec un calao à casque plat (aussi disparu), des rapaces nocturnes, des oiseaux océaniques au bec crochu… Environ 150 pièces seraient exposées. Place ensuite aux collections archéologiques et notamment aux silex taillés de types acheuléens découverts par Jacques Boucher de Perthes, Victor Commont ou Roger Agache. Certaines pierres taillées par l’homme remonteraient à plus de 500 000 ans.

La conservatrice et le Grand pingouin.

La conservatrice et le Grand pingouin.

Quid de Manessier

Le musée expose trois œuvres d’Alfred Manessier dont un triptyque : « Alfred Manessier, qui a réalisé les vitraux de l’église du Saint-Sépulcre s’inscrit aussi dans cette logique de territoire, poursuit Agathe Jagerschmidt. Il s’est nourri de son pays dans ses créations. » Le musée devait être agrandi sur l’avant pour accueillir un espace dédié à l’artiste. Des fouilles archéologiques ont remis en question ces travaux. Le projet est sans cesse reporté. Agathe Jagerschmidt va plancher sur un projet scientifique et culturel pour les cinq ans à venir. Il sera ensuite présenté au ministère de la Culture. Diverses solutions seraient envisagées. Au pied de ce triptyque, Psaume trône sur son socle. Psaume est une des œuvres phares du musée. « Elle est dans le top dix », ajoute Agathe Jagerschmidt. La sculpture rend hommage à un moment de prière. Ce bronze, de Camille Claudel, Alphonse de Rothschild en avait fait don, en 1893, au musée d’Abbeville et du Ponthieu. Il voyage partout dans le monde. Dernièrement, il était à La Piscine de Roubaix, à l’occasion d’une grande rétrospective de l’artiste, native du sud de l’Aisne.

Saint-Vulfran

Un petit espace évoque la collégiale Saint-Vulfran, sans doute le monument emblématique d’Abbeville. Par exemple, une cage à oiseaux du XIXe siècle, don de l’ordre des avocats d’Abbeville en bois polychrome et métal, la représente. Autres petits trésors : La sainte agenouillée d’un artiste inconnu picard, datant du XVe siècle, ou un Autoportrait de Nicolas Lépicié du XVIIIe siècle. « Avec ce musée, nous avons vraiment un outil merveilleux », ne cesse de se réjouir Agathe Jagerschmidt. Afin de faire mieux connaître les activités et expositions présentées, elle a ouvert une page sur Facebook. Le grand public peut même y découvrir l’envers du décor comme les avancées de la restauration d’une oeuvre. En ce qui concerne les animations, le musée a fait un grand effort en direction des enfants : « Ce sont eux la transmission, l’avenir, précise Agathe Jagerschmidt. Dès le plus jeune âge, il faut leur dire que le musée, c’est pour eux. Plus grands, ils sont souvent inhibés. Nous avons une animatrice qui sait les intéresser. » Le musée organise ainsi des anniversaires, des animations. Les entreprises, ordres de professions libérales, associations… peuvent aussi mettre en place des soirées privées afin de visiter le musée et ses réserves de manière unique.

Informations pratiques: 

Adresse : 24, rue Gontier-Patin 80 100 Abbeville
Téléphone : 03 22 24 08 49 Du mercredi au lundi de 14 heures à 18 heures. Fermé le mardi toute la journée, le 1er janvier, le 1er mai, le 14 juillet, le 1er novembre et le 15 décembre
Tarifs : 3 euros en période d’exposition temporaire, 1 euro pour les collections permanentes Gratuité : le 1er dimanche du mois, pour les moins de 18 ans, étudiants, chômeurs, bénéficiaires du RSA Jusqu’au 20 septembre exposition Agora