L’éco-innovation, une priorité régionale

Publié dans le numéro 3567 par

 

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L’ARI a organisé une demi-journée d’information sur les éco-innovations.

L’ARI a organisé une demi-journée d’information sur les éco-innovations.

Devant la hausse des prix des matières premières ou la raréfaction de celles-ci, l’éco-innovation, qui associe performance économique, développement environnemental et social de façon durable, apporte aujourd’hui une véritable valeur ajoutée à une entreprise. Une stratégie bien comprise par le secteur économique mais aussi politique, puisque la Commission européenne a adopté en 2013 le Plan d’action en faveur de l’éco-innovation qui vise à accompagner et encourager les entreprises à investir dans les éco-innovations. Selon un rapport de la Commission, l’Europe possède aujourd’hui environ un tiers du marché mondial des écotechnologies et cette proportion devrait doubler d’ici à 2020 pour représenter 1 000 milliards d’euros de chiffre d’affaires. En France, 15% des brevets déposés à l’INPI en 2009 concernaient des éco-innovations. Ce chiffre a aujourd’hui doublé.

Bien conscients du potentiel de ce marché, le Conseil régional de Picardie, l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe), l’Agence régionale de l’innovation (ARI) et Bpifrance se sont pleinement engagés dans la promotion des éco-innovations sur le territoire.

Un domaine qui a malgré tout un accès encore limité aux entreprises, notamment à cause d’un manque de visibilité économique mais aussi d’une vive préoccupation sur le retour sur investissement.

Axes prioritaires

« Notre objectif est de soutenir les performances énergétiques des entreprises pour qu’elle puissent gagner en compétitivité, tout en renforçant l’attractivité du territoire », explique Louise Skubich, chargée de mission environnement entreprise au sein du conseil régional, venue présenter les axes prioritaires d’intervention de la Région à un parterre de chefs d’entreprises lors d’une demi-journée d’information organisée à l’ARI Picardie.

« Notre stratégie est orientée vers la transition énergétique, il s’agit d’encourager l’éco-conception de produits, l’optimisation des flux, le développement et la structuration de filières locales comme l’éco-bâtiment, l’éolien ou le recyclage, mais aussi la création de nouveaux services », ajoute-t-elle.

Pour cela, le conseil régional bénéficie de plusieurs leviers, comme l’appel à projets éco-innovation (voir encadré) en partenariat avec l’Ademe, Bpifrance, l’ARI et la Direccte qui permet d’accompagner de nombreuses entreprises. La Région met également l’accent sur la promotion des savoir-faire en proposant des pavillons collectifs sur des salons spécialisés comme Pollutec, Ewea World Efficiency ou le SIMI et s’emploie à structurer des filières porteuses en mobilisant entreprises, communauté académique mais aussi en stimulant la demande.

Gagner en compétitivité

De son côté, l’Ademe intervient auprès des entreprises sur des thématiques diverses comme les déchets, l’énergie, les transports, l’air ou encore les sols.

L’organisme apporte une aide aussi bien financière, technique que méthodologique et peut faire office de relais entre ses partenaires et les entreprises demandeuses. « Nous souhaitons contribuer à améliorer la compétitivité des entreprises à travers les éco-innovations. Pour cela, nous les aidons à être plus respectueuses de l’environnement mais également moins liées aux énergies fossiles », souligne Iman Bahmani- Piaseczn, responsable agriculture, industrie, recherche au sein de l’Ademe.

Aide aux conseils, guides techniques, travaux de structuration, l’agence régionale essaye d’apporter son soutien à l’ensemble des entreprises, TPE, PME ou groupe, et cela, dans tous les secteurs d’activités. En plus de leurs accompagnements respectifs, l’Ademe et le conseil régional ont mis en place un Fonds régional pour l’environnement et maîtrise de l’énergie (Freme), qui bénéficie d’un volume financier de plus de 23 millions d’euros sur cinq ans.

Ce fonds vise notamment à intégrer l’environnement dans les politiques territoriales, améliorer la maîtrise des flux, développer l’emploi et l’activité, mais aussi, soutenir la recherche.

S’engager dans une démarche d’éco-innovation

Depuis 2010, la Région, l’Ademe, Bpifrance, la Direccte et l’ARI proposent deux vagues d’appels à projets éco-innovations par an pour soutenir ces initiatives durables en Picardie. Parmi les entreprises bénéficiaires, Agorespace, structure fondée en 1989, spécialisée dans la conception et l’installation de terrain multi-sports. Installée à Venette (Oise), la société a été confrontée à une demande croissante de produits éco-conçus notamment de la part des collectivités, principaux interlocuteurs de l’entreprise. En 2010, Agorespace a souhaité se lancer dans la production de kits de terrain de sport éco-conçus. « Nous voulions nous engager sincèrement dans la démarche. Pour cela, nous avons fait appel à des cabinets extérieurs qui ont réalisé des études multicritères permettant d’analyser les impacts environnementaux engendrés par l’éco-conception », explique Régis Kaskosz, président d’Agorespace. Si le processus était déjà engagé lorsque l’entreprise a répondu à l’appel à projets porté par l’ARI, celui-ci s’est révélé être la possibilité de financer plus facilement ce programme. Le dossier a par la suite été pris en charge par l’Ademe. « Nous avons vu tout suite le gain en termes de compétitivité puisque nous avons pu baisser le prix de vente tout en augmentant notre marge sur la gamme en question », souligne également le président. En plus de ce gain financier concret, l’entreprise possède aujourd’hui un véritable avantage concurrentiel puisqu’elle est la seule à proposer une gamme éco-conçue. Cette nouvelle approche a permis de diminuer de 30% la quantité d’aluminium utilisé pour la conception du terrain qui compte également un gazon exclusif en fibre recyclé. « Ce produit représente aujourd’hui 30% des ventes », précise Régis Kaskosz. Devant le succès de cette nouvelle gamme, Agorespace envisage d’élargir sa production de terrain éco-conçu dans les deux à trois ans à venir. Depuis 2010, 26 demandes ont été financées avec une aide moyenne de 115 000 euros par projet. Pour l’édition 2015, les candidatures sont à envoyer à l’AR, porte d’entrée unique pour ce processus avant le 15 mai ou le 15 novembre prochain. Les entreprises doivent remplir une lettre d’intention qui résume le projet, pose le contexte et les objectifs de celui-ci ainsi que les gains attendus. Après vérification de l’éligibilité de celui-ci, l’ARI, se tourne vers ses différents partenaires. L’appel à projets éco-innovation s’adresse à toutes les entreprises, y compris les TPE, et est ouvert à l’ensemble des secteurs.