Femmes en politique : le parcours du combattant

Publié dans le numéro 3567 par

 

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Barbara Pompili, à gauche, et Anne Pinon subissent de nombreux préjugés.

Barbara Pompili, à gauche, et Anne Pinon subissent de nombreux préjugés.

Même quand elle évoque de mauvais souvenirs, Barbara Pompili ne quitte pas son sourire, comme un pied de nez à ceux qui ont tenté de lui mettre des bâtons dans les roues. La co-présidente du groupe EE-LV à l’Assemblée nationale, comme beaucoup de femmes en politique, a fait l’objet de moqueries et de remarques misogynes depuis le début de sa carrière. C’est en alternant humour et ton grave que cette fille de soixante-huitards a partagé son expérience et quelques anecdotes à l’occasion d’une conférence sur les 70 ans du premier vote des femmes, aux côtés d’Anne Pinon, maire de Dury (Somme) et de Zohra Darras, conseillère départementale (Somme) fraîchement élue.

27% de femmes à l’Assemblée

« Tu as des enfants et un métier, comment tu vas faire ? » Quand elle se présente aux dernières élections municipales à Dury, Anne Pinon ne s’imaginait pas devoir répondre à ce type de remarque, même si elle concède que sa candidature avait de quoi surprendre : « Dans une commune rurale, les maires sont très souvent des retraités du monde agricole ou de la fonction publique. » Barbara Pompili, « très fière » d’être la première femme de l’histoire à présider un groupe politique à l’Assemblée nationale, est elle aussi témoin de situations « anormales et blessantes » depuis le début de sa carrière. « Lorsque je suis arrivée à l’Assemblée, il n’y avait que des hommes dont une majorité originaires de province. À Paris pour deux ou trois jours par semaine, ils se retrouvaient entre mecs. C’était un peu la colonie de vacances, d’ailleurs quelques détails croustillants de leurs soirées ont plusieurs fois fuité. Clairement, les femmes n’étaient pas les bienvenues ! » La députée note toutefois quelques changements : « Les hommes qui sont arrivés en même temps que les femmes dans l’Hémicycle sont moins machos. » Une avancée donc, mais les chiffres ne progressent pas : l’Assemblée compte seulement 27% de femmes.

Une loi « humiliante »

Pour Barbara Pompili, la loi sur la parité est « indispensable » car elle « permet d’accélérer » l’égalité, mais la députée écologiste la juge humiliante : « Je serai la plus heureuse quand nous n’aurons plus besoin de ça ». Alors quelles solutions ? Pour Zohra Darras et Anne Pinon, « l’éducation joue un rôle crucial, tout se joue donc à l’école pour lutter contre les stéréotypes ». Autre piste évoquée par Barbara Pompili, adapter le monde de la politique à la vie des femmes, avec des temps dédiés à la vie privée en évitant par exemple les réunions de travail entre 18 et 20 heures.

« Quand un homme loupe une réunion pour se rendre aux spectacles de ses enfants, on trouve cela touchant. Quand une femme fait la même chose, on le lui fait pas de cadeaux », rebondit Anne Pinon.

À l’issue de la conférence, la maire de Dury et ses collègues ont été très applaudies par l’assemblée, constituée en grande majorité … de femmes.