Agesys, le management qui marche

Publié dans le numéro 3567 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

« On a mis nos bureaux face à face et l'on nous a dit que l'idée était bonne », commente Sophie Roger.

« On a mis nos bureaux face à face et l'on nous a dit que l'idée était bonne », commente Sophie Roger.

Au beau milieu des champs noyonnais, sur le campus économique Inovia, se trouve Agesys. La société de solutions informatiques attire la curiosité avec son chiffre d’affaires en croissance de 30% chaque année depuis 2014. Pour rallier le bâtiment 20 des locaux de l’entreprise, il faut passer le contrôle à l’entrée, puis slalomer entre les vieux bâtiments d’architecture militaire et les pelleteuses en pleines effort. Sur le parking, les voitures logotées sont bien là. La bâtisse rectangulaire de l’ancien site du Régiment de marche du Tchad affiche, lui aussi, fièrement Agesys. Il faut monter quelques marches pour arriver à la porte vitrée. Laëtitia Defecques, la manager marketing et communication, ouvre la porte. Le bonjour est chaleureux. La poignée de main également. « Ça te gêne si je te tutoie ? » demande-t-elle, à l’aise. Dans le petit hall blanc et mauve, le vert des plantes côtoie le beige des fauteuils du petit salon. Dans l’entrée trône Nono. C’est la mascotte de la société venue spécialement de Belgique et fabriquée avec un tambour de lessive en bronze. Placardé sur le mur au-dessus, bien en évidence, s’affiche le Trophée pour la qualité de vie au travail 2014. C’est donc là l’entreprise libérée. Ce principe de management prôné par Isaac Getz et Bian M. Carney dans Liberté et Cie (paru en 2013 chez Champs d’Essai) laisse les salariés prendre les initiatives, les sort de la hiérarchie étouffante en les traitant en adultes responsables. Enfin, l’objectif est aussi d’encourager la prise de risque.

L’entreprise libérée

« Je veux développer le bonheur. C’est différent de la notion de qualité de vie au travail », déclare Christophe Thuillier, PDG d’Agesys, 47 salariés. Installé dans l’un des open-spaces au second étage devant son Mac, le quadragénaire n’a pas la dégaine d’un dirigeant. Les deux premiers boutons défaits et sa chemise hors du jean, il voulait « garder l’esprit start-up. C’est ce que l’on tente de faire avec la méthode d’entreprise libérée. »

La mentalité du Pas-de-Calaisien se retrouve à tous les étages du bâtiment. Open-spaces avec écrans de télévision, bureaux et salon, se côtoient au premier. Tandis que les boxes, plus ou moins grands se jouxtent au rez-de-chaussée. Cependant, l’entreprise libérée ce n’est pas seulement une peinture fraîche et des M&M’s dans chaque couloir. Dans la société picarde implantée à Noyon depuis 2012, ces petits détails sont là pour favoriser le bien-être, la performance et ainsi l’innovation.

Au sous-sol, sous le regard de la coffee place (Ndlr : ordinateur avec webcam qui permet de prendre un café entre collègues), Sylvie Bouchain fait le ménage. « Là ce matin, j’ai pris un peu de retard, mais il m’arrive d’aller faire un tour de l’autre côté et d’aider à l’assemblage du robot que l’on construit. C’est du volontariat, mais j’aime bien. L’état d’esprit dans l’entreprise c’est « no stress ». On se sent bien et l’on a envie de venir au travail », explique cette ex-ouvrière de l’industrie, licenciée il y a deux ans. Ce sentiment n’est pas dû au canapé, à son grand écran plat et sa console de jeux qui jouxtent la cuisine high-tech. « Quelqu’un qui se sent bien dans l’entreprise, c’est une personne qui s’investit et devient plus productive », développe Christophe Thuillier.

Dé-spatialisation du travail

Christophe Thuillier, sous ses airs décontractés, est au beau milieu d'une réunion de crise.

Christophe Thuillier, sous ses airs décontractés, est au beau milieu d'une réunion de crise.

« Ce matin, j’avais besoin d’imprimer alors je me suis rapprochée de l’imprimante », explique Laëtitia Defecques. Chacun choisit où il souhaite s’installer. Guillaume Bouteille, du support technique et matériel, commencera dans le plus grand open-space au premier avant de terminer sa journée de l’autre côté. Les assistantes commerciales, quant à elles, sont situées d’office à l’entrée. « On doit ouvrir la porte. On fait également le standard téléphonique ce qui nous impose un présentiel », explique Sophie Roger. Pour ce qui est de leur organisation du temps de travail, elles en discutent tranquillement avec leur responsable Laura Lesueur. Cette dernière tente de mettre en place une méthode permettant le télétravail. « Aujourd’hui, ça ne me dérange pas de rester jusqu’à 18 heures, mais j’aimerais bien avoir mon mercredi après-midi », lance Aurélia Kervahut à sa collègue. « On essaye de mettre en place du télétravail. Par exemple, on a un collaborateur qui part une semaine dans sa famille au Portugal. Il travaillera depuis là-bas. Ensuite, il ne faut pas croire que ce sont des vacances. Lorsqu’il décide de partir en congés, chaque salarié doit se faire remplacer dans ses tâches », décrypte Christophe Thuillier.

« Le vendredi, je bosse de chez moi, après les autres jours j’aime bien venir ici pour travailler ça permet de voir du monde », raconte Guillaume Bouteille avant de partir discuter avec Aurélia et Sophie. « Je travaille d’Amiens, mais je ne vais pas mentir, ça fait du bien d’avoir un contact humain. En plus, chacun s’habille comme il l’entend, il n’y a pas de code vestimentaire. C’est un peu comme chez Mac Do avec son « venez comme vous êtes » », lâche, amusée, Laëtitia Defecques.

Pour ceux qui auraient encore du mal à croire dans la réussite de cette organisation de travail. Avant de partir déjeuner, Christophe Thuillier s’amuse des futurs réactions de ses employés lorsqu’ils recevront l’intéressement sur les bénéfices envoyé le midi même… pour la deuxième année consécutive.

Alexandre BARLOT