Economie mondiale : des nouvelles de l’Asie

Publié dans le numéro 3518 par

 

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Des réformes ambitieuses nécessaires en Chine
La Chine doit affronter de grands défis avec la mise en place de réformes financières, économiques et sociales ambitieuses. L’absence de mise en oeuvre pourrait laisser planer un doute sur la persistance de la croissance chinoise, qui a conditionné la croissance mondiale depuis le début du XXIe siècle. Les autorités chinoises admettent maintenant que « des problèmes profondément ancrés sont en train d’apparaître » et que « des pressions […] pèsent encore fortement sur l’économie ». Malgré tout, les données chiffrées peuvent encore faire rêver nombre d’économies occidentales. Le premier ministre chinois évoque désormais une cible de croissance de 7,5% sur l’année 2014. Le gouvernement s’est engagé à créer au moins 10 millions de nouveaux emplois cette année et dans le même temps, à réduire la pollution extrême et à contenir la hausse des risques financiers. Le risque fondamental de cette économie est le niveau d’endettement réel des autorités locales et des entreprises publiques qui reste préoccupant. Mais il faut aussi s’inquiéter des possibles surcapacités dans des secteurs tels que la construction, l’acier et la construction navale.
Malgré tout, aujourd’hui, l’impact positif de la reprise économique des pays développés sur les exportations chinoises et l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages (alimenté par la hausse contrôlée de la valeur du yuan) devraient permettre à la Chine d’atteindre son objectif de croissance.
Cependant, l’introduction des réformes devrait se faire progressivement. Le Premier ministre a relancé l’idée d’un projet de garantie des dépôts bancaires, qui pourrait contribuer à accélérer la libéralisation des taux d’intérêt. Ces changements devraient permettre aux banques de fixer leurs taux de prêts en fonction du profil de risque de l’emprunteur, et non de son influence politique, et libérer davantage de capitaux pour les entreprises privées. Le chantier des reformes est donc en route mais devrait prendre un certain nombre de mois voire d’années.

Les investisseurs attendent un renouveau au Japon
L’empire du soleil levant va certes mieux, mais dans quelle mesure ? La stabilisation, puis le redressement de la conjoncture économique japonaise sont le fruit d’une politique de relance via les investissements publics. L’investissement a progressé de plus de 20% en 2013. Il n’est néanmoins pas sûr que la dynamique enclenchée soit suffisante pour absorber le choc de la récente hausse de trois points du taux de la TVA. Certes, le gouvernement a mis en oeuvre des mesures d’accompagnement, notamment des baisses d’impôts pour les entreprises et des incitations à investir pour les PME. Mais, au regard des intentions d’investissement exprimées dans l’enquête Tankan de la Banque du Japon du premier trimestre, l’efficacité de ces mesures d’accompagnement peut être mise en doute. En prenant en compte que le dernier relèvement de cette taxe avait contribué à replonger l’économie en récession, ne peuton pas assister au même phénomène cette année ? Il est fort probable que la consommation plongera au deuxième trimestre, entraînant sans doute une baisse du PIB. Même sans l’effet de la hausse du niveau de la TVA, la consommation des ménages peut difficilement être un moteur puissant de la croissance. D’autre part, le revenu du travail devrait progresser lentement : face à une baisse anticipée de leurs profits, les entreprises réduisent leurs embauches et ne sont pas incitées à augmenter plus rapidement les salaires. Alors que le redressement de l’inflation se poursuit, le pouvoir d’achat des ménages devrait rester peu dynamique. En prenant en compte l’impact du relèvement de la taxe sur la progression des prix à la consommation, il devrait même baisser sensiblement cette année. La confiance des consommateurs en souffre. Contrairement aux autres économies avancées, l’économie nippone devrait donc ralentir assez sensiblement cette année. Malgré tout, les pressions déflationnistes tendent à s’estomper au Japon. Cela devrait permettre à Monsieur Shinzo Abe, Premier ministre japonais, de remporter le pari de la relance tant attendue de l’économie. Reste à savoir si cela lui permettra de développer le troisième volet de son programme, celui des réformes structurelles profondes. Si la Chine demeure moteur d’une partie de la croissance mondiale malgré de réels défis structurels et politiques, le Japon est soumis aux mêmes maux que l’Europe (croissance faible, endettement et doute sur l’inflation). Les autorités japonaises doivent résoudre les mêmes problématiques de relance la croissance et de gestion de l’inflation (ou de la déflation…). La zone asiatique conserve, finalement, son influence économique et continue de tirer la croissance mondiale.

Richard Vasseur, responsable de la gestion financière –
Caisse d’Épargne Picardie