Tour de Picardie pour Jacques Vincent

Publié dans le numéro 3508 par

 

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Pour Jacques Vincent (à d. au côté de Bernard Martel), « il faudrait retrouver de la compétitivité ».

Pour Jacques Vincent (à d. au côté de Bernard Martel), « il faudrait retrouver de la compétitivité ».

Picardie La Gazette : Pourquoi venir à la chambre de commerce Littoral normand-picard ?
Jacques Vincent :
Les chambres de commerce sont notamment constituées d’élus d’organisations patronales comme le Medef. Jean-Jacques Blangy, l’ancien président, est d’ailleurs un élu de cette chambre. Lors des élections, il nous faut trouver des chefs d’entreprises désirant être élus dans les CCI. Je suis venu prendre la température, et expliquer à Bernard Martel, son président, que faire pour nous aider, ce qui me permet de savoir comment aider la chambre dans ses projets. Nous nous connaissons bien pour collaborer ensemble au sein de la chambre de commerce d’industrie régionale. On évoque le dépeçage de la Picardie. Tout le monde est contre et moi en tête. Il y a de grands projets pour le port du Tréport, qui compte 60 bateaux. Il faut relancer l’activité pêche. Le futur, c’est aussi l’éolien. Il faudrait se lancer dans la fabrication lourde et développer les entreprises existantes. Il faut du personnel qualifié. Proméo est un bon partenaire pour former. Les entreprises spécialisées dans le verre sont aussi un élément important de cette région. J’aime bien comprendre et pour comprendre, il faut rencontrer les gens. Je ne suis pas là pour faire du tourisme. Par la suite, j’irai à la rencontre des entreprises.

P.L.G. : Quel a été votre parcours ?
J.V. : Je suis Parisien. J’ai commencé ma carrière comme mécanicien en 1968. Ensuite, je suis entré dans un service méthode, puis j’ai intégré le service export d’une entreprise qui vendait des mandrins. En 1984, j’ai créé la filiale de Röhm, à Saint-Maximin, dont je fais toujours partie. En 2011, j’ai fondé Acti Concept à Avrech, une entreprise qui distribue du matériel industriel, et qui est spécialisée dans la formation et le conseil en entreprise. Je donne des cours dans plusieurs établissements picards en master ou licence RH droit approfondi du travail, contentieux prudhommal. Je suis également conseiller prudhommal. Je m’occupe aussi du 1% logement, de la formation des apprentis, je suis membre d’un groupement d’entreprises à Creil… J’ai donc beaucoup d’activités gratifiantes non rémunérées. Être président du Medef Picardie signifie pour moi porter la voix des petites et moyennes entreprises. C’est une grande responsabilité et je tiens à affirmer ma détermination à aller de l’avant.

P.L.G. : Pour vous la crise est-elle derrière nous ?
J.V. :
Ça va moins mal… La reprise est plus faible que dans d’autres pays mais la crise est arrivée chez nous plus tardivement aussi. La Picardie a perdu 25 000 emplois. On parle du canal Seine- Nord mais c’est beaucoup de blabla, et il ne se passe rien. Pourtant, cela représenterait 5 000 emplois durant cinq à dix ans. Cela développerait le fret, des ports… des matériaux pourraient être pris en mer, transportés via le rail jusqu’à Longueau, puis du canal partir en Europe… Il est important de développer les centres de formation. L’emploi passera aussi par l’export.

P.L.G. : C’est à dire ?
J.V. :
Certaines entreprises ont les capacités d’exporter et pas seulement des produits finis mais aussi du service, des concepts… Quand on est sur des marchés matures comme la Belgique, le Luxembourg, etc. il faut se tourner vers d’autres pays comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine… grâce aux VIE. Il ne faut pas être effrayé par le coût du transport. Par exemple, exporter vers la Chine, s’avère moins onéreux que d’aller en Allemagne, les bateaux repartent à vide en Chine. Il faudrait retrouver de la compétitivité. Pour cela, il faudrait baisser les charges, réduire les prélèvements… Il faut aussi retrouver la confiance et faire preuve de cohérence. Nous avons des atouts pour redémarrer dans notre région.

P.L.G. : Quels sont-ils ?
J.V. :
Nous avons trois des cent meilleures écoles au monde : l’UTC de Compiègne, l’institut LaSalle à Beauvais et l’UPJV à Amiens. Il y a aussi Proméo en région. Nous ne sommes pas des ignorants tout justes capables de cultiver des betteraves. La Picardie est dotée de bonnes infrastructures de transport. Il est dommage que les étrangers investissent moins en France mais il y a trop de contraintes. C’est le pays où il y a le plus d’insécurité sociale. Si les entreprises étaient moins asphyxiées, elles embaucheraient. Nous n’avons qu’une chose à dire au gouvernement : baissez nos charges et nous créerons de l’emploi. Nous sommes arrivés à 54% de charges. Nous pouvons parvenir à un million d’emplois en cinq ans. Des mesures comme le CICE, vont dans le bon sens. Le président Hollande a compris que l’emploi passait par les entreprises, mais pas ses ministres Ayrault et Sapin…

P.L.G. : Que pensez-vous de la politique du conseil régional ?
J.V. :
Le conseil régional est très présent dans la formation, cela va dans le bon sens notamment dans la métallurgie. Par contre, il est dommage d’avoir deux entités : Picardie International et CCI International. Il y en a une de trop. Nous avons des métiers en tension comme dans l’hôtellerie ou dans la chaudronnerie alors que nous avons trois millions de chômeurs. On ne peut pas tendre le bras des jeunes s’ils ne veulent pas faire ces métiers. L’alternance est pour moi la solution idéale. Le conseil régional va récupérer 16 % des 56% de la taxe d’apprentissage. Claude Gewerc est un ancien chef d’entreprise. Il sait ce que c’est de gérer un bilan, des salariés…