Les enjeux de l’artisanat picard

Publié dans le numéro 3508 par

 

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Alain Bethfort, président de la chambre régionale de métiers de Picardie.

Alain Bethfort, président de la chambre régionale de métiers de Picardie.

En 2013, la “première entreprise de France” rassemblait en Picardie 25 000 structures et comptait 65 000 salariés. Le bâtiment arrive largement en tête avec 10 555 entreprises, suivi par les services (8 265) et l’alimentaire (2 910). Si ces différents secteurs ont été touchés par le ralentissement économique, chaque année, la région enregistre en moyenne 4 000 immatriculations d’artisans. Au niveau national, l’artisanat a représenté en 2013 un chiffre d’affaires de près de 300 milliards d’euros, dont 6 milliards à l’exportation.

Des emplois de proximité

L’IREAM compte aujourd’hui 178 apprentis au sein de son pôle automobile.

L’IREAM compte aujourd’hui 178 apprentis au sein de son pôle automobile.

« L’artisanat joue un rôle essentiel pour un territoire, c’est de l’emploi de proximité et une source importante de développement économique. Nous sommes là pour accompagner ces entreprises, pour leur permettre de développer ou de répondre à des marchés en mettant en face des outils efficaces », explique Alain Bethfort, président de la chambre régionale de métiers, qui insiste également sur la nécessité pour les entreprises de proposer des services performants et de penser à la transmission « un sujet essentiel pour le maintien d’une économie dynamique ». Une question qui se pose également pour les métiers d’art, qui représentent 400 entreprises en Picardie et sont un atout considérable en termes de rayonnement régional et de savoir-faire, qui plus est, facilement exportables.
Du côté de la région, si la stratégie de développement économique se fait de façon plus globale, elle peut se traduire de façon individuelle au travers du Contrat d’appui et de développement (CAD), qui a pour but d’aider une entreprise à mettre en place des projets novateurs, tout en répondant à des questions sociales et environnementales. « Ce n’est pas une punition, nous entamons un dialogue avec l’entreprise pour lui permettre de progresser. Bien souvent, il s’agit simplement d’anticiper les demandes de leurs clients », souligne Jacques Secret, conseiller en développement économique au conseil régional.

La formation, enjeu majeur
Dans le secteur de l’artisanat l’apprentissage reste un enjeu de taille. « Ce type de formation est essentiel, confirme Alain Bethfort. Pourtant le manque de visibilité économique et les changements en matière de primes ont entrainé une chute inquiétante du nombre d’apprentis. En 2011, la Picardie comptait autour de 13 000 apprentis alors qu’en 2013, ils n’étaient plus que 11 000. » Une inquiétude partagée par Thierry Pageau, directeur de l’IREAM d’Amiens, un CFA créé sous forme d’association sous l’impulsion de la chambre de métiers et des organisations professionnelles artisanales de la Somme : « Les entreprises hésitent de plus en plus à prendre un apprenti, elles sont confrontées à de telles difficultés, surtout dans le domaine de l’automobile et de la coiffure, que prendre un apprenti n’est parfois plus possible. » Cependant, des établissements comme le lycée des métiers l’Acheuléen (Amiens), qui propose des formations dans les domaines du bâtiment et de la coiffure, ont pris la mesure de la mutation des métiers de l’artisanat ainsi que l’émergence de nouvelles filières et propose un pôle d’excellence dédié aux énergies renouvelables, permettant aux apprentis d’acquérir un haut niveau de technicité.

Développement de filières
Des connaissances et un savoir-faire très recherchés par certaines filières en plein développement comme la production énergétique ou la réhabilitation thermique. Un secteur qui a vu la mise en place d’un Service public de l’efficacité énergétique (SPEE) par la région, une initiative qui bénéficiera à l’artisanat. Le SPEE doit accompagner les particuliers autour de la question de la rénovation thermique et permettre aux professionnels d’accéder à de nouveaux marchés tout en créant de l’emploi, moyennant une montée en compétences mais aussi des regroupements pour pouvoir proposer une offre complète. Plus globalement, « l’avenir de l’artisanat passera nécessaire par l’innovation, affirme Jacques Secret avant de conclure : Il est essentiel aujourd’hui de se demander comment on peut adapter ses produits pour répondre aux attentes de demain ».