Les nouveaux défis de l’agriculture

Publié dans le numéro 3503 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Christophe Buisset rappelle l’importance du travail de terrain des ingénieurs de la chambre d’agriculture, qui participent à la diffusion des nouvelles technologies.

Christophe Buisset rappelle l’importance du travail de terrain des ingénieurs de la chambre d’agriculture, qui participent à la diffusion des nouvelles technologies.

Développée en six titres la loi d’Avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt a pour ambition d’accroître la compétitivité des filières, de remettre l’agronomie, aujourd’hui agro-écologie, au coeur des pratiques agricoles, de faciliter l’installation des jeunes agriculteurs et enfin, de rénover le dialogue entre « la société et l’agriculture ».
Pour cela, le projet de loi encourage en premier lieu les politiques publiques à offrir un cadre réglementaire ainsi qu’un soutien f inancier favorable au développement du secteur. Le deuxième titre est consacré au renouvellement de génération et à la protection des terres agricoles en améliorant par exemple la gouvernance de la SAFER. Vient en troisième point la qualité de l’alimentation et le renforcement des politiques sanitaires. Le quatrième titre s’intéresse à l’enseignement agricole ainsi qu’à la recherche et au développement en matière agronomique, vétérinaire et forestière. Les deux derniers points développent les problématiques forestières et les dispositions particulières pour les départements d’Outre-mer.

Un projet contesté
« Ce projet de loi avait comme ambi t ion de refonder l’agriculture à l’image des réformes mises en place par Edgar Pisani dans les années 60. Il n’en est rien. On a un peu l’impression que chaque ministre veut sa « loi d’avenir », mais celleci en tout cas ne révolutionnera pas l’agriculture en Picardie », commente Christophe Buisset, président de la chambre régionale d’agriculture de Picardie. Un avis partagé par Michel Lapointe, délégué régional de la FRSEA, qui va encore plus loin : « On a un peu l’impression qu’il y a un fossé entre les déclarations du chef de l’État lors de sa conférence de presse et ce projet de loi. On ne parle à aucun moment d’innovation. Ce projet ne s’attaque pas non plus aux vrais problèmes comme la volatilité des prix ou la gestion des risques ». Le syndicat a d’ailleurs lancé des étatsgénéraux en partenariat avec les Jeunes agriculteurs dont les résultats seront dévoilés à la veille de l’édition 2014 du salon de l’agriculture. « L’idée c’est de faire remonter au niveau national des exemples très concrets qui heurtent et qui sont compréhensibles pour le grand public ».
Du côté de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF), on s’étonne des avis mitigés que suscite la loi d’avenir : « Le projet de loi est la suite logique des orientations durables instiguées il y a plusieurs années. Cela a été développé sans problème avec le plan régional de l’agriculture durable [PRAD] », explique Nadine Chevassus, directrice régionale adjointe. Si l’ensemble des acteurs s’accorde sur le principe de remettre plus d’agronomie au coeur du projet agricole, et qu’aujourd’hui allier environnement et performances économiques est une nécessité, les axes présentés font débat : « On a un peu l’impression que l’agriculture a été laissée en pâture aux écolos, nous n’avons pas tous vocation à faire de l’agriculture bio dans de petites exploitations. Aujourd’hui nous sommes dans un marché mondial, si nous ne répondons pas aux attentes, les achats se feront ailleurs », s’emporte Michel Lapointe. Moins tranchant, Christophe Buisset estime que le véritable enjeu aujourd’hui c’est de s’adapter au marché. « Si les groupements d’intérêt économiques et environnementaux [GIEE] ont la bonne idée de formaliser des groupes d’agriculteurs, ce n’est pas 103 projets de ce type qui vont faire de l’agriculture française la plus performante. Je mise plus sur les Pôles Industrie Agro-Ressources (IAR) ou la plateforme Improve pour cela ».

Le département de la Somme comptait en 2010, 5 400 exploitations pour 1,2 milliard de chiffre d’affaires, l’Aisne 5 100 exploitations pour 1,3 milliard de chiffre d’affaires, et l’Oise 3 400 exploitations pour 0,7 milliard de chiffre d’affaires.

Le département de la Somme comptait en 2010, 5 400 exploitations pour 1,2 milliard de chiffre d’affaires, l’Aisne 5 100 exploitations pour 1,3 milliard de chiffre d’affaires, et l’Oise 3 400 exploitations pour 0,7 milliard de chiffre d’affaires.

Une agriculture de pointe
Avec des agriculteurs plus formés que la moyenne nationale et des relais scientifiques bien établis comme Agro-transfert, la Picardie a cependant toutes les cartes en main pour répondre aux enjeux de demain comme le souligne Nadine Chevassus : « La Picardie a depuis longtemps une démarche d’agriculture raisonnée et des agriculteurs compétents, il y a un bon socle pour aller plus loin. Le défi aujourd’hui c’est d’être compétitif en produisant de façon durable ». Une compétitivité qui passe sans doute par une meilleure utilisation des aides, mais surtout leur refondement, comme l’explique Michel Lapointe : « Les aides à l’export de la PAC sont une perfusion néfaste pour l’agriculture, il faut sortir de ce système et créer à la place des outils pour aider les agriculteurs à être plus compétitifs et plus performants ». Une position partagée par Christophe Buisset qui ajoute que la compétitivité et la performance des exploitations passent par la diffusion des dernières technologies « Il faut emmener les agriculteurs vers l’utilisation de toutes les technologies de pointe », insiste-til. La chambre d’agriculture vient d’ailleurs d’acquérir un drone.
Véritable préoccupation, le renouvellement de génération et l’installation des jeunes agriculteurs de plus en plus difficiles rassemblent l’ensemble des acteurs. Si la loi d’avenir prévoit l’adaptation du contrat de génération au monde agricole, le dispositif ne suffira pas à endiguer la disparition des structures agricoles. Lors du recensement de 2010, un agriculteur sur six en âge de céder son exploitation n’avait pas de repreneur défini et un sur dix pensait que son exploitation n’allait pas lui survivre. « Il faudrait peutêtre une garantie de l’État ou de la Région pour aider les jeunes à s’installer, les banques sont très frileuses », commente Christophe Buisset. Pour Nadine Chevassus « Il est pratiquement impossible en Picardie de s’installer hors cadre familial », une problématique qui vient s’ajouter aux défis économiques et environnementaux que devra relever l’agriculture picarde.