La Picardie, un avenir industriel assuré ?

Publié dans le numéro 3505 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

D.R.

Pour René Anger, il faut attirer les agriculteurs vers l’industrie, pour créer une vraie richesse.

En novembre dernier paraissait dans Le Monde économie le Manifeste pour l’industrie, publié par 113 économistes, parmi lesquels Pierre Grou, un des invités des Mardis de l’économie, qui a livré à l’assistance son point de vue sur l’industrialisation de notre pays. Comme il l’a expliqué, la France a été « victime de désindustrialisation » à laquelle il a fallu faire face. Beaucoup d’économistes français estiment que l’évolution des sociétés passe par les services, Pierre Grou ne partage pas lui cet avis : « L’amélioration du bien-être se fait grâce au travail productif, qui permet de gagner du temps. Les services apportent-ils richesse et progrès ? Pas tous, certains sont neutres, c’est à mon sens une erreur de penser que les services peuvent développer l’industrie. » Une industrie qui a été bouleversée, avec une France où « il y a trop de travail non qualifié, d’où les fermetures d’usines ». Pour Pierre Grou, la dynamique du progrès passera, comme l’Allemagne s’y est employée, par la robotisation et l’automatisation.

Le mal français, un problème de compétitivité
Et l’échelle la plus pertinente pour assurer ce processus de progrès et négocier habilement le virage des bouleversements technologiques, c’est l’affirme l’économiste celle des régions.
Des propos avec lesquels Marc Chevallier ne pouvait qu’être d’accord, le journaliste économique ayant signé l’ouvrage Picardie : l’ambition de l’excellence – Stratégie régionale de développement économique (édité par le conseil régional de Picardie et téléchargeable sur www.picardie.fr/ observatoire). « De nombreux débats ont eu cours sur le ce qu’il est convenu d’appeler le mal français, avec des problèmes de compétitivité des prix, ou de compétitivité hors prix, les territoires industriels résistant mieux à cette conjoncture, a-t-il indiqué. Il faut pour comprendre cette problématique avoir une approche micro-économique et isoler l’effet local, les dynamiques industrielles sont propres à chaque territoire, et les relations nouées entre les entreprises, les centres de recherches ou de formation et les collectivités locales sont primordiales pour assurer cette dynamique industrielle, la notion de cluster est essentielle. »

Stratégie régionale gagnante
Ce que d’après le journaliste la Picardie a bien compris, et ce depuis plus de 30 ans. Si la région partait a priori avec certains handicaps, elle a su tenir le cap, pour preuve ses 3 pôles de compétitivité (IAR, i-Trans et Up-Tex), et 7 grands projets qui font partie du programme Investissements d’avenir. Des résultats « assez remarquables » obtenus grâce à la stratégie régionale, qui a notamment consisté à se spécialiser avant l’heure, pour contrer ses faiblesses (taux de chômage important, forte tradition industrielle et part importante de l’agriculture). La région a fait le choix d’appuyer son développement sur la recherche, avec comme résultante les pôles d’excellence. « Si ces résultats sont aussi probants, c’est aussi grâce à la constances des politiques dans la durée », a assuré Marc Chevallier.
Conseiller spécial du président du conseil régional en charge de la stratégie de développement économique, René Anger a expliqué : « Pour mener une politique économique, il faut avoir en tête que l’économie est hiérarchisée, il faut fatalement faire des choix, et c’est ce que la Picardie a fait. » Une stratégie qui s’inscrit dans le temps, une durée nécessaire pour mettre en place le circuit… « Tout l’enjeu réside dans l’offre et la demande, il faut inventer un autre système et la Picardie se bat pour être au rendez-vous de cette nouvelle équation, et créer les conditions pour déboucher sur une économie productive », a-t-il poursuivi. Avec entre autres angles d’attaque les enjeux environnementaux et la chimie du végétal. L’enjeu pour ces 30 prochaines années ? « Faire de ces points d’appui des services. » La conclusion de René Anger : « En Picardie, ce sont les agriculteurs qui ont de l’argent, la question est de savoir comment les attirer vers l’industrie pour créer une vraie richesse. »

Amélie Péroz