Économie mondiale : la nouvelle donne des pays émergents

Publié dans le numéro 3506 par

 

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La tourmente financière qui avait frappé les économies émergentes au printemps dernier, notamment suite aux révolutions du « printemps arabe », est de nouveau d’actualité. La crainte suscitée par une raréfaction de la liquidité émanant de la banque centrale américaine fait de nouveau tanguer les marchés financiers et alimente les discours alarmistes. Cette foisci, les difficultés rencontrées résident dans la conjonction de plusieurs événements géopolitiques : crise de la devise en Argentine nécessitant des prises de positions fermes des autorités monétaires locales, statistiques économiques « inquiétantes » en Chine avec un ralentissement de la croissance et enfin, une instabilité politique en Turquie juste aux portes de l’Europe. Les marchés financiers, par leur sur-réaction, auront amplifié la crise sur les devises émergentes pour obtenir un environnement propice à la volatilité.
Cette instabilité sur les marchés émergents s’est rapidement propagée aux marchés boursiers des économies dites développées faisant resurgir le scénario des dominos. Les craintes des investisseurs et leur volonté de limiter au maximum les risques démultiplient les phénomènes. Mais la soudaineté de cette tempête ne doit pas occulter les causes profondes de cette situation : de nombreux marchés émergents sont bel et bien en danger.
Risque politique dans certains pays émergents. Les marchés financiers remettent au goût du jour deux notions d’actualité en Europe mais longtemps oubliées dans les pays émergents : le risque politique et le risque souverain.
Le risque politique peut se voir aujourd’hui dans certains pays émergents comme le risque inhérent à des changements provoqués soit par une fragilité des forces politiques en place soit par des élections à venir. Les pays les plus concernés sont l’Inde, l’Indonésie, le Brésil, la Turquie et l’Afrique du Sud – surnommés les « cinq fragiles ». Au-delà des enjeux politiques, ces pays doivent par ailleurs composer avec des déficits de leur balance courante et déficits budgétaires même s’ils restent tolérés au regard de leur important niveau de croissance. Cette situation est d’autant plus inquiétante que le spectre de l’inflation ressurgit, phénomène conjugué à des révisions régulières des perspectives de croissance de ces économies. D’autres pays sont aussi dans la tourmente comme l’Argentine ou la Hongrie avec un véritable risque politique et/ou électoral couplé à une politique budgétaire expansionniste. Les périodes fastes de la croissance passée sont difficiles à tempérer et le retour à une situation plus habituelle compliqué à gérer.
Ralentissement de la croissance des BRICS
Ensuite la question peut se poser des risques désormais portés par les fameux BRICS. Après des années de croissance, ils sont eux aussi désormais contraints de revenir à la réalité. Trois d’entre eux (Brésil, Russie et Afrique du Sud) connaîtront cette année une croissance plus lente que celle des Etats-Unis, avec une progression du PIB réel (corrigé de l’inflation) en dessous de 2,5 %, tandis que les économies des deux autres (Chine et Inde) font clairement face à un ralentissement.
La Chine, plus grand pays des BRICS, est confrontée en plus à une politique budgétaire désastreuse dans nombre de gouvernements locaux mais aussi à un système bancaire fragilisé par une fièvre immobilière pas toujours valorisée dans les bilans des banques locales. La plupart de ces importantes bulles de crédit ont fini par provoquer un atterrissage économique brutal et il est peu probable que l’économie de la Chine s’en sorte indemne, d’autant plus que les réformes destinées à rééquilibrer la croissance en privilégiant la consommation privée sur les investissements sont freinées par les divergences entre les autorités locale et nationale.
Mais les fondamentaux restent sains
Dans le même temps, le ralentissement par le Fed de sa politique d’achat d’actifs à long terme a débuté en janvier 2014 après des mois d’atermoiements, les taux d’intérêt étant voués à augmenter. En conséquence, s’il y a quelques mois les capitaux privilégiaient les marchés émergents pour leur meilleur rendement et les perspectives de croissance intéressantes, ils pourraient refluer avec la crainte de politiques budgétaires, monétaires et politiques de crédit à devenir trop laxistes et surtout en concurrence avec des rendements en hausse sur les marchés plus traditionnels. Le risque souverain peut alors resurgir avec une absolue nécessité pour ces pays de tenir compte de la nouvelle donne macro-économique. Pour autant, les risques d’une crise monétaire, d’une crise de la dette souveraine et d’une crise bancaire à proprement parler demeurent réduits. Les pays émergents et notamment les BRICS profitent encore d’un important bouclier de devises et d’une politique de taux de change à leur main. Beaucoup d’entre eux peuvent également compter sur un système bancaire plus sain, leurs ratios de dette publique et privée – certes en hausse – demeurant encore aujourd’hui faibles, avec un risque d’insolvabilité par conséquent minime.
Sur le moyen – long terme, il convient tout de même de rester serein sur la situation des marchés émergents. Les fondamentaux restent sains et permettront de faire face à une nouvelle situation de volatilité des marchés. Malgré tout, les gouvernements, en place et/ou futurs, devront prendre en considération cette nouvelle situation et poursuivre la mise en oeuvre de politiques fondamentalement plus saines dans leur gestion.

Richard Vasseur
Responsable de la Gestion Financière
Caisse d’Épargne Picardie