Le piratage des logiciels préoccupe les éditeurs

Publié dans le numéro 3482 par

 

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Aujourd’hui, le taux de contrefaçon des logiciels dans le monde atteint 42%, soit une valeur commerciale de plus de 50 milliards d’euros, d’après les chiffres avancés par l’Unifab, l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle. C’était le 28 mai, au siège de Microsoft, lors de la journée mondiale anticontrefaçon, qui se concentrait sur les faux logiciels. Si les chiffres mondiaux sont impressionnants, « la France n’est pas un très bon élève », alerte François Rey, président de BSA, Business Software Alliance, organisme qui défend les intérêts de l’industrie logicielle, lors de la présentation des résultats de la dernière étude de l’organisme. La moyenne nationale du taux de piratage est de 37 %. C’est moins que la moyenne mondiale, mais plus que celle de l’Union européenne (33 %). Au sein de l’Hexagone, le taux varie selon les régions. Plus élevé dans le Sud du pays, ce taux diminue dans la région Ile-de-France, où sont implantés les sièges des grandes entreprises et organisations publiques. L’explication : ces structures seraient plus à même d’avoir une gestion rigoureuse de leur parc de logiciels, contrairement à des PME/ PMI, qui seraient « moins enclines à investir dans des équipes ou des outils dédiés à la gestion des actifs logiciels », d’après le communiqué de BSA. En ce qui concerne les individus, 15 % seulement de ceux interrogés dans le cadre de l’étude ont admis avoir piraté eux même un logiciel, du moins occasionnellement. Et plus de la moitié d’entre eux déclarent ne jamais avoir acheté un logiciel piraté. Et là aussi les comportements diffèrent selon les régions.

Contrefaçon au bureau…
Le sujet préoccupe à la fois les éditeurs de logiciels de loisirs et ceux professionnels. Chez Sage, éditeur de logiciels de gestion, il y a une « prise de conscience des risques », témoigne Cyril Duriga, directeur juridique, en charge des questions de la propriété intellectuelle. Les problèmes viennent des clients finaux qui utilisent les logiciels et aussi des revendeurs qui commercialisent les produits. Côté clients « il peut y avoir des abus de licence. Le client dépasse les droits qui lui ont été concédés, multiplie les installations sur des sites pour lesquels il n’a pas payé de redevance », explique Cyril Duriga. Du côté des revendeurs, « il y a des abus des règles de distribution. On retrouve sur le marché des utilisateurs à qui ont été fournies des licences d’un autre client. D’autres revendeurs installent des licences qui devaient être destinées à la démonstration ou à la formation », ajoute le juriste. Autre souci, « les acteurs tiers qui font de la reproduction servile de nos produits, et qu’on peut trouver sur le marché », poursuit Cyril Duriga. Le service juridique retrouve ses produits sur Internet, par exemple mis à disposition sur des plateformes d’échange en Peer to Peer, ou sur des sites de produits d’occasion. L’éditeur met en garde les utilisateurs potentiels contre ces pratiques : les logiciels de Sage gèrent la paie, la comptabilité ou les ressources humaines, domaines soumis à des contraintes réglementaires. « En cas de contrefaçon, rien ne garantit que la procédure sera conforme », alerte Cyril Duriga.
De plus, en utilisant un produit piraté, insiste le juriste, le consommateur n’accède pas aux mises à jour des logiciels, qui s’adaptent aux évolutions réglementaires. L’entreprise pourrait alors se retrouver en délicatesse avec l’administration. Pour contrer ces pratiques, « nous avons eu une démarche de sensibilisation, avant de se lancer dans des actions massives », prévient Cyril Duriga. Dans un premier temps, donc, clients et partenaires se sont vus distribuer plaquettes et documents.

… et à la maison
Dans le domaine des logiciels de loisirs aussi, en matière de contrefaçon, « on est largement servi », commente David Neichel, président de SELL, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs. Le marché est immense : plus de la moitié de la population française s’adonne aux jeux vidéos, 25 millions de ces derniers sont vendus dans l’Hexagone, chaque année. La contrefaçon peut prendre différentes formes. Sur les machines, d’abord, « il y a des modifications pour accueillir des produits contrefaits, l’ajout d’accessoires », explique David Neichel. Côté logiciel, les modalités sont diverses, qui vont de la copie illicite, au trafic des clés d’accès, en passant par la mise en disposition des jeux vidéos sur Internet. Ainsi, sur le marché des jeux vidéos qui fonctionne sur PC, « 9 sur 10 sont contrefaits », explique David Neichel. Une tendance qui inciterait les éditeurs à abandonner ce terrain pour produire des jeux conçus pour des plateformes plus sécurisées. Autre cauchemar des éditeurs : les linker, ces cartouches qui permettent de faire fonctionner sur une plateforme d’autres jeux que ceux prévus à l’origine par les éditeurs. Dans le cas de la DS de Nintendo, par exemple, « cela a divisé les ventes par trois », estime David Neichel. Pour l’éditeur, le consommateur qui s’abonne aux jeux contrefaits risque d’embarquer sur son ordinateur des logiciels malfaisants, en même temps que le jeu obtenu de manière illicite. Avec, à la clé, un possible vol d’identité. « La protection des données personnelles est en jeu. Ceux qui installent un virus sont en situation de collecter vos données personnelles. C’est vrai pour l’entreprise et c’est vrai pour le particulier », insiste Marc Mossé, secrétaire général de l’Unifab et directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft.