Le bâtiment passe du rouge au noir dans l’Aisne

Publié dans le numéro 3482 par

 

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Ginette Platrier souhaite voir l’entreprise revenir au centre de l’avenir économique de la France.

Ginette Platrier souhaite voir l’entreprise revenir au centre de l’avenir économique de la France.

Crise, souffrance, situation déplorable, année terrible. Ginette Platrier, présidente de la fédération française du bâtiment de l’Aisne, ne mâche pas ses mots au regard des derniers chiffres. « Au mois de juin, le bâtiment était dans une crise grave. Là, on peut parler de maladie grave et d’agonie », soulignet- elle. Pour dresser ce constat, elle se réfère aux derniers chiffres sur les défaillances d’entreprises du bâtiment dans le département. « Nous sommes dans une situation déplorable avec un impact social très important », poursuit- elle. Les indicateurs sont dans le rouge, alors même que l’année est loin d’être finie.

2 000 emplois perdus en trois ans
Le nombre d’entreprises employeuses est passée de 1 710 en 2010 à 1 487 au mois d’avril 2013. Il en est de même pour le nombre de salariés qui s’est effondré. Le bâtiment a perdu plus de 2 000 emplois en trois ans. Si en 2010, une année déjà terrible pour le secteur, les petites entreprises ont été davantage impactées, désormais les grosses structures, « qui ont pignon sur rue », connaissent des difficultés. Ce déclin s’explique en partie par le fait que les entreprises du sud du département, qui allaient auparavant travailler dans la Marne, n’ont plus cette possibilitélà, car le marché est là aussi en repli dans cette zone. Le nombre de défaillances d’entreprises est inquiétant. Au 31 juillet, déjà 56 sociétés du secteur ont connu soit un redressement, soit une liquidation judiciaire. Pour l’année 2010, 100 entreprises avaient connu de telles difficultés. « Et ce n’est pas terminé puisque les chiffres ne sont établis que sur sept mois », insiste-t-elle. Et le faible niveau des carnets de commande accentue la situation et ce aussi bien pour les marchés publics que les marchés privés. « Le niveau des appels d’offre est très bas et des entreprises se retrouvent avec des prix qui peuvent varier de moins 20 à moins 40 % », indique par ailleurs Thierry Coulvier, secrétaire général de la FFB de l’Aisne. Il n’est pas rare que la fédération reçoive des fax annonçant l’emploi d’ouvriers polonais à 6,50 € de l’heure, contre au minimum 9,43 € pour un ouvrier français. « Il y a un vrai dumping social qui est suicidaire », ajoute-t-il. « Toutes ces offres anormalement basses vont amener à des défaillances d’entreprises. Les trésoreries sont exsangues », précise Ginette Platrier. Ajoutés à cela une hausse des litiges de paiements, l’effondrement du marché de l’immobilier neuf, la suppression des heures supplémentaires, la complexité administrative de certains dossiers ou la hausse de la TVA de 7 % à 10 % à partir du 1er janvier 2014, « le moral de nos chefs d’entreprise est au plus bas en cette rentrée », se désole-t-elle.

Sortir la tête de l’eau
Pour tenter de sauver cette année qui s’annonce catastrophique, la fédération a lancé une campagne de communication incitant les clients à faire des travaux avant cette augmentation de la TVA. Cela devrait permettre de relancer les carnets de commande avec un effet qui peut se révéler nocif selon le secrétaire général de la fédération : « Cela va créer un trou dans les commandes pour l’année prochaine. » Pourtant, il reste cet unique levier aux entreprises du secteur pour sortir la tête de l’eau. Cela devra être couplé avec une souplesse lors de ce passage de la TVA à 10 %. Cette embellie empêcherait aussi les sentiments de colère et d’exaspération d’augmenter tant chez les entrepreneurs que chez les salariés du secteur. Les chefs d’entreprises ont « la volonté de créer du travail et de la richesse », affirme Ginette Platrier. Il faut arrêter de taper sur les chefs d’entreprise », conclut-elle.