La vente de médicaments en ligne : les pharmaciens s’interrogent.

Publié dans le numéro 3482 par

 

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Commander ses médicaments par Internet : un réflexe dans l’avenir ?

Commander ses médicaments par Internet : un réflexe dans l’avenir ?

Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, a rendu une ordonnance le 19 décembre 2012 afin de transposer une directive européenne de 2011 autorisant la vente de médicaments sur internet. Quelque 4 000 médicaments, ont ainsi été autorisés à la vente par voie électronique depuis le 2 janvier 2013. Au vue de la multiplication des abus en tout genre, le gouvernement a diffusé un arrêté le 20 juin 2013 sur les “Bonnes pratiques de dispensation des médicaments par voie électronique” (entré en vigueur le 12 juillet 2013). A ce jour, 51 pharmacies françaises se sont lancées dans cette nouvelle pratique.
En Picardie, aucune pharmacie d’officine ne propose, seule, ce type de nouveau service. Il faut dire que cette nouvelle réglementation peut être perçue comme relativement contraignante. Tout d’abord, dans son arrêté sur les bonnes pratiques, Marisol Touraine a rappelé, qu’ « afin de garantir un même niveau de qualité et de sécurité qu’au comptoir, (…) le site Internet de la pharmacie est considéré comme le prolongement virtuel d’une officine de pharmacie autorisée et ouverte au public ».
Cet attachement de la pharmacie virtuelle à une seule pharmacie d’officine exclut donc de fait, les plates-formes Internet, regroupant les ventes des différentes officines. « De plus en plus de pharmacies se lancent dans le dispositif, indique Eric Housieaux, président du conseil régional Picardie de l’ordre national des pharmaciens. Mais il est vrai que développer ce genre de site demande des moyens, notamment pour le sécuriser. En outre, afin d’assurer la sécurité du patient, il faut que les pharmaciens respectent un certain nombre de critères pour l’ouverture de leurs sites. » En effet, avant d’ouvrir un site de commerce en ligne de médicaments, les pharmaciens titulaire d’une pharmacie d’officine, doivent obtenir l’autorisation de l’Agence régionale de santé (ARS) dont ils dépendent. Une fois autorisés, ils doivent informer, sous quinze jours, l’ordre national des pharmaciens de la création du site. Un suivi et un contrôle sont ensuite mis en place par l’ARS et renforcés par l’ordre national des pharmaciens, qui dispose en son sein d’une cellule dédiée. Enfin toujours dans l’arrêté du 20 juin, il est précisé que le pharmacien doit doter son site de moyens techniques lui permettant d’assurer un échange interactif personnalisé et sécurisé avec le patient. Toute délivrance de médicaments doit, en outre, être subordonnée à un questionnaire sur la situation et l’état de santé de ce dernier.

Sécuriser les sites
Malgré ces apparents garde-fous, de nombreux sites Internet frauduleux de ventes de médicaments ont fleuri sur la toile. « Ce qui pose problème à l’ordre, c’est la récupération de nom de domaine abandonné par de vrais pharmaciens d’officine, indique Eric Housieaux. Une des missions primordiales de l’ordre est la lutte contre l’exercice illégal de la pharmacie. Nous avons ainsi déposé plainte contre 11 de ces sites frauduleux, ayant récupéré des noms de domaine, et avons appelé les pharmaciens à la plus grande vigilance. En outre, nous travaillons activement à la sécurisation des sites internet pour le patient. » Actuellement, ce dernier dispose de différents moyens pour vérifier l’authenticité de ces sites. D’abord, la liste des sites Internet autorisés (extension d’une pharmacie d’officine) est consultable sur le site de l’ordre national des pharmaciens et sur celui du ministère des affaires sociales et de la santé. Un lien vers ces deux sites doit d’ailleurs se trouver sur le site Internet du pharmacien effectuant du commerce électronique de médicaments. L’adresse physique de la pharmacie peut également aiguiller le patient dans sa recherche d’authenticité et de sécurité. Afin d’aller plus loin dans la lutte contre ces sites frauduleux et assurer la sécurité du consommateur, l’ordre national des pharmaciens mettra en place très bientôt, un nom de domaine dont il sera propriétaire : pharmacienfrance. fr. « Chaque pharmacien sera libre de choisir ou non, le nom de domaine de l’ordre. Néanmoins, c’est une sécurité supplémentaire. Même si le pharmacien arrête d’exploiter son site, il n’y aura pas de possibilité de détourner le nom de domaine, puisque ce dernier restera la propriété de l’ordre », déclare Alain Delgutte, président de la section A du conseil de l’ordre national des pharmaciens. Une campagne d’information devrait être diffusée très bientôt par le ministère des affaires sociales et de la santé à destination des consommateurs, qui permettra peut-être de lever le flou entourant cette nouvelle mesure et inviter le patient à rester vigilant.