Quand les PME rachètent les PME

Publié dans le numéro 3459 par

 

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Tout ne serait pas si sombre. Certains indicateurs économiques sont même plutôt positifs d’après la troisième édition du baromètre Bodacc. Ce dernier répertorie les ventes et cessions de fonds de commerce, dans le bâtiment, le commerce l’industrie et les services, sur la base des annonces publiées au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Ces résultats ont été présentés par Altarès, société spécialisée dans les données sur la vie des entreprises, lors d’une conférence de presse, le 28 mars. En 2012, 48 600 activités ont changé de mains, soit 7,8% de plus qu’en 2011, pour un prix moyen de 199 500 euros, un montant en hausse de 6,1 % par rapport à l’année précédente. Un indicateur à manipuler avec précaution : l’écart est grand entre les prix les plus hauts et les plus bas. Il n’en reste pas moins que, globalement, plus de 11 milliards d’euros ont été échangés en 2012, dans ce cadre. Cette tendance poursuit celle de l’année précédente, durant laquelle, malgré le marasme économique, le baromètre avait enregistré une nette augmentation du nombre de transactions et de leur montant moyen. Sans annoncer pour autant la sortie de crise, le cabinet Altarès estime que « quelques signes montrent que tout n’est pas noir. Il y a une dynamique de reprise pour toutes les tailles d’entreprises, les secteurs et les zones géographiques ».

La clé de la croissance externe ?
Avec ses quelque 50 000 reprises de fonds de commerce l’an dernier, la France retrouve donc un niveau proche de 2008. « On n’y est pas encore, mais la tendance est orientée à la hausse », commente Thierry Millon, responsable des études chez Altarès. Pour l’analyste, l’explication réside dans « la croissance externe qui est de loin celle qui est privilégiée ». Elle serait donc la clé de cette évolution des achats de fonds de commerce : les entreprises qui aspirent à grandir le font en absorbant les sociétés à bout de souffle, qui craignent le dépôt de bilan à cause de la crise . « Ce phénomène a une dimension offensive. Les entreprises ont été patientes, ont résisté. Les plus grandes prennent le pari de racheter un fonds de commerce plus que de créer une filiale, car elles trouvent une activité déjà opérationnelle », propose Thierry Millon. Le profil des entreprises repreneuses, enregistré dans le baromètre Bodacc, va dans le sens de cette hypothèse, d’après le cabinet Altares. « Chez les repreneurs, la moitié ont créé une entreprise dans le cadre de la reprise d’un fonds de commerce. Mais certaines de ces entreprises sont plus âgées. (…) Celui qui achète un fonds de commerce aujourd’hui n’est plus seulement dans une démarche ou le repreneur est un créateur. C’est de plus en plus souvent une entreprise existante. (…) Cela traduit le fait qu’ils croient en l’avenir », estime Thierry Millon. Concrètement, en 2012, plus de 5 000 PME de plus de 10 salariés ont signé une reprise de fonds de commerce, soit 53% de plus qu’en 2011. Coté vendeurs, en revanche, pas de gros changements. « il s’agit d’entreprises plutôt anciennes . (…) 35% des vendeurs sont des structures qui sont en place depuis au moins quinze ans », poursuit l’analyste.

Le juste prix

En ce qui concerne les prix, les montants enregistrés varient fortement en fonction de différents paramètres, comme la taille de l’entreprise, évaluée sur la base de son chiffre d’affaires annuel, ou encore le secteur d’activité et la région. Avec des surprises. Par exemple, pour les agences immobilières. « Aujourd’hui, l’économie des agences immobilières est difficile, c’est vrai. Mais en 2012, 632 agences ont réussi à transmettre leur fonds commerce, avec une valorisation de plus 19%. C’est un métier où il y a eu beaucoup de créations d’entreprises dans les années 90. Aujourd’hui, il y a trop de monde. Mais ceux qui sont sur des marchés bien positionnés ont cédé leur activité à un prix intéressant », illustre Thierry Millon. Autres exemples, les secteurs de l’alimentation et de l’habillement. « Là aussi, le baromètre confirme que les fonds de commerce sont nombreux à être cédés, avec des valorisations en amélioration », poursuit Thierry Millon. Toutefois, certains chiffres ne doivent pas faire illusion : ainsi, la moyenne des prix de vente du secteur des soins à la personne est fortement tiré à la hausse par les pharmacies qui sont cédées à plus d’un million d’euros l’officine.

Inégalités régionales

Du point de vue géographique, les données du baromètre Bodacc confirment les analyses de l’Insee sur le dynamisme des régions de l’Ouest. Cette tendance se traduit par des prix de cession de fonds de commerce plus élevés que sur le reste du territoire. « La Bretagne et la Basse- Normandie tirent les prix », précise Thierry Millon. Parmi les autres zones géographiques qui ont le vent en poupe figurent la Champagne- Ardenne et la Picardie. Toutefois, au sein d’une même région, des réalités diverses peuvent cohabiter. Les prix dans l’Oise montent au fur et à mesure que l’on s’approche de la région parisienne. « Le Sud de la France reste un peu en dessous en terme de prix », constate Thierry Millon, qui avance l’explication d’une activité plus orientée vers le tourisme et les loisirs, qui est moins valorisée qu’une industrie. Parmi les régions où les prix sont plus bas, figurent le Limousin, l’Auvergne, et la Bourgogne, « région viticole qui cherche sa reconversion », analyse Thierry Millon, qui constate, « au global, des disparités régionales très sensibles ». Pour Altarès, les données de la cession et du rachat de fonds de commerce sont plutôt encourageantes. « Il y a encore 60 000 faillites. (…) Mais il y a moins d’acteurs de petite taille et plus de grande taille. C’est bénéfique », conclut Thierry Millon.