Le dernier disquaire indépendant de l’Oise est à Clermont

Publié dans le numéro 3459 par

 

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Michel Guinand a des milliers de disques dans sa boutique.

Michel Guinand a des milliers de disques dans sa boutique.

Il aura 50 ans en 2014. S’il n’est pas d’un âge canonique, Michel Guinand appartient pourtant à une espèce en voie de disparition. Il est en effet le dernier disquaire indépendant de l’Oise depuis un an. Sa boutique, située à Clermont, à l’écart de la rue commerçante de la ville sous-préfecture, est un lieu unique, tenu par un homme qui l’est tout autant. Ni Dieu, ni maître : le quinquagénaire fonctionne un peu dans cet état d’esprit. En ouvrant le Mange-Disque il y aura bientôt 17 ans, il a joué la carte de l’improvisation totale, n’écoutant que son seul désir : vivre de sa passion musicale. Pas question avec lui de parler chiffre d’affaires, son seul objectif est de travailler dans l’insouciance.

On y trouve l’introuvable
Quand on pousse la porte du Mange- Disque, on renoue avec les odeurs, celles que dégagent ces objets qui ont disparu de notre univers aseptisé. Des disques, il y en a partout, « par milliers », lance Michel Guinand, sans être plus précis. Un coffret collector de 33 tours des Rolling Stones, un disque de la Callas ou encore de la musique de La Nouvelle-Orléans, il y en a pour tous les goûts. « C’est un lieu où on vous fout la paix. On y va pour trouver l’introuvable ». Lui se voit comme quelqu’un redonnant vie à des objets délaissés par beaucoup de gens. « Jeune, j’ai roulé ma bosse dans le commerce. Et puis, quand j’ai eu ma fille, je me suis dit qu’il fallait que je me stabilise un peu. J’aimais la musique, les disques. Je voulais en faire mon métier. Quand j’ai trouvé cette petite boutique, rue des Fontaines, j’ai eu une confiance quasi aveuglette en ce lieu. Je savais qu’il existait un autre disquaire indépendant à côté de Compiègne. Je ne cherchais pas plus que d’avoir de quoi me payer mon loyer et vivre », se souvient Michel Guinand. Son goût pour les vinyles et autres supports musicaux l’ont conduit de puces en brocante en empruntant toutes les filières pour dégoter l’indégotable.

« Un produit pas nécessaire »
« L’autre jour, un Belge qui bosse dans le coin a débarqué dans ma boutique. Il n’en revenait pas : – « Vous êtes disquaire rue des Fontaines ? » – Moi, je m’en moque d’être ici. Plus personne ne fait ce que je fais. C’est du business non maîtrisé, quelque chose de différent, où il faut être insouciant, ne pas se rendre compte… Je vends un produit qui n’est pas nécessaire, de la musique qui peut aujourd’hui être téléchargée. Alors, il faut avoir la pêche et surtout être atypique dans mon métier ». Pour être atypique, il l’est. « Je n’ai jamais connu d’ascension. Je suis resté et reste à mon niveau, avec ma clientèle. Je n’ai jamais fait de pub et pourtant la magie opère ». S’il tient à conserver son insouciance, il n’en reste pas moins lucide, notamment face aux nouvelles technologies. « Internet a son importance. J’ai des disques ici qui ne se vendraient jamais si je ne les mettais pas sur le Net. Mais je n’ai pas de site. Je me contente d’aller sur des forums. » Cette ligne de vie, il compte bien s’y tenir encore longtemps. « Seule la maladie pourrait me faire arrêter. Mon boulot s’apparente à une comédie car on sort du rationnel. Ici, on lâche les valises et on plonge dans les bacs. »