L’excellence de la lumière

Publié dans le numéro 3457 par

 

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Fabrice Courageux, un amoureux de la restauration des oeuvres.

Fabrice Courageux, un amoureux de la restauration des oeuvres.

Pénétrer dans l’antre des Ateliers Courageux est un privilège. Un privilège très émouvant lorsque l’on regarde chacun travailler à assembler une future oeuvre. Entre pièces de verre et pose de plomb, minutieusement, patiemment, elle prend forme et vie.lorsque l’on regarde chacun travailler à assembler une future oeuvre. Entre pièces de verre et pose de plomb, minutieusement, patiemment, elle prend forme et vie.

Patience
D’abord installé sur Beauvais, Claude Courageux, diplômé des Beaux-arts de Paris, meilleur ouvrier de France et chevalier des arts et lettres, a jeté l’ancre à Crèvecoeur-le-Grand dans les années 70. Son fils Fabrice l’a rejoint dans les années 80 après avoir achevé ses études aux Beaux-arts de Beauvais. Aujourd’hui, Claude Courageux est spécialisé dans la création de vitraux. Son fils restaure patiemment des oeuvres et voyage à travers les siècles. Il est épaulé par son épouse Isabelle, qui par exemple effectue des recherches souvent nécessaires pour respecter au plus près le travail des ainés. Martine, l’épouse de Claude Courageux, assure la gestion. Les ateliers compte deux salariés qui assurent notamment la mise en plomb, la pose et la dépose du verre, leur coupe…
« Ce métier est difficile, confie Fabrice Courageux. Il faut au moins dix ans de pratique pour commencer à acquérir une certaine sureté du geste. Un vitrail, c’est d’abord un dessin. Ensuite, il faut choisir le verre qui va le mieux capter la lumière chez les fabricants, la coupe, trouver la bonne teinte de peinture qui va résister à la cuisson… Ce n’est pas simple. C’est un travail de longue haleine. »

Travail en équipe
Les Ateliers Courageux accèdent aux projets en grande majorité via des appels d’offres : communes, Direction régionale des affaires culturelles (Drac)… Il arrive aussi qu’ils collaborent avec des architectes ou des privés, telles des communautés religieuses ou des donateurs. Ils se rendent dans toute la France et même dans les Dom-Tom. Chaque projet est le fruit d’un travail d’équipe étroit lorsqu’il s’agit d’oeuvres classées, avec la Drac et les communes.
Souvent, les projets s’étalent sur de longues années, comme la création de vitraux pour l’église Saint-Gervais- Saint-Protais de Paris. Une création minutieuse qui est sans nul doute l’une des oeuvres phares de la carrière de Claude Courageux.
Ils ne seraient qu’une dizaine en France à faire partie du club très fermé des maitres verriers. Les Ateliers Courageux ont travaillé à plusieurs restaurations majeures comme sur la rose (XVIe siècle) de la façade occidentale de la cathédrale Notre Dame d’Amiens, qui a nécessité des mois de travail, ou sur la bibliothèque Saint-Loup à Troyes. Remise en ordre des pièces, pièces en complément à l’identique, pose de micros plombs pour réparer les casses de pièces de verre… souvent les restaurations s’apparentent à la réalisation d’un puzzle.
« Nous travaillons tous les siècles, poursuit Fabrice Courageux. Les lieux nous imposent un état d’esprit. J’admire la qualité du travail de ceux qui ont réalisé ces vitraux et toute la connaissance qu’il a fallu pour en arriver là. Mon rôle est de remettre leur oeuvre en valeur et de me faire oublier. On se dit : s’ils étaient là, qu’est-ce qu’ils en penseraient ? » Infatigable travailleur de la lumière, Fabrice Courageux avance sans cesse. Et lorsqu’on lui demande quelle est la restauration dont il est le plus satisfait, il répond immédiatement : « Je n’ai pas de plus grande fierté. Ma fierté, c’est la suite… »