Ferroviaire: avec OuiGo, la SNCF à la recherche de nouveaux clients

Publié dans le numéro 3456 par

 

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Des prix canon ». Guillaume Pépy, fier de sa formule, la répète plusieurs fois. Arborant une chemise bleu ciel assortie à la couleur du train, le PDG de la SNCF présente OuiGo à la presse, ce mardi 19 février. Chaque année, 400 000 places, sur un total de 4 millions, seront proposées au prix imbattable de 10 euros. 25% des billets vaudront moins de 25 euros. Le trajet ne coûtera même que 5 euros pour un enfant de moins de 12 ans accompagné d’un adulte. « Même le TGV chinois, pour une distance équivalente, est plus cher », observe le patron du chemin de fer français. OuiGo, qui prendra le rail le 2 avril prochain, est bien un TGV low-cost, même si les dirigeants de la SNCF n’aiment pas ce terme. En compagnie à bas coût qui se respecte, l’entreprise ferroviaire « fait la chasse aux dépenses inutiles », admet Guillaume Pépy. Chaque détail compte. Les trains OuiGo, reconnaissables à leur livrée bleu et rose, sont composés de deux rames à deux étages et peuvent transporter 1 268 passagers, contre un millier, en moyenne, dans un TGV. On ne trouve dans ces rames ni première classe, ni voiture-bar, ce qui permet de gagner de l’espace. Contrairement à une rumeur tenace, les rangées de sièges ne sont pas rapprochées les unes des autres, mais le niveau du bas est équipé de rangées comportant trois sièges côte-à-côte, sans accoudoir. Pour limiter le temps d’arrêt, le nettoyage des rames sera effectué durant le trajet. Les seules poubelles sont disposées à l’extrémité des voitures, et non à la place, ce qui facilite en principe le travail des équipes de propreté.

La SNCF espère rentabiliser son nouveau produit grâce à des revenus annexes. Les voyageurs ne pourront emporter qu’un seul bagage de taille cabine à placer sous le siège, comme dans l’avion, ainsi qu’un petit sac. Tout bagage supplémentaire devra être enregistré en ligne au moment de la réservation, au prix de 5 euros, voire 10 euros si on effectue l’opération après avoir réservé. Gare à celui qui se serait dispensé de l’enregistrement du bagage. Il lui en coûterait 40 euros. L’accès à une prise électrique, pendant le voyage, est facturé 2 euros et le transport d’un animal de plus de 6 kg coûtera 30 euros.

Gares de périphérie
Les principes du low-cost, testés avec succès par des compagnies aériennes, au point que même les majors s’y mettent, ne sont pas démentis. Pour être moins cher, il faut augmenter la rentabilité du matériel et du personnel. Les rames OuiGo rouleront ainsi deux fois plus longtemps que les TGV classiques, environ 80 000 kilomètres par mois, indique le quotidien économique Les Echos . « On va limiter le temps de parcours à vide », précise aussi Barbara Dalibard, directrice générale de SNCF Voyages, la branche de la compagnie dédiée auxTGV. Cette utilisation intensive limitera le coût des péages que la SNCF doit verser, à chaque passage, à Réseaux ferrés de France (RFF), propriétaire des rails.
Pour toutes ces raisons, OuiGo privilégiera les gares de périphérie, comme Marne-la-Vallée-Chessy (Seineet- Marne) ou Lyon-Saint-Exupéry, directement reliées au réseau à grande vitesse, au contraire des terminus de centre-ville, qui dépendent du réseau classique, plus lent. Au fond, la SNCF ne fait qu’optimiser le patrimoine ferroviaire. Les gares centrales étant surchargées, la compagnie y concentre les trains à fort rendement, tout en cherchant à stimuler la demande dans les gares les moins utilisées.

Guillaume Pépy veut séduire « une nouvelle clientèle », et non convaincre les habitués du TGV. Les habitants de centre-ville, rappelle-t-il, ont accès à de nombreux moyens de transport et à des gares proches de leur domicile. La population vivant en périphérie, en revanche, n’a pas l’habitude de prendre le train. Si « 83% des Français sont déjà montés dans un TGV, seuls 25% le font chaque année », constate le PDG de la SNCF. Dans la grande banlieue de Paris ou de Lyon, la voiture est toujours garée devant la maison, on peut y engouffrer toute la famille et rejoindre l’autoroute, en quelques minutes. OuiGo s’adresse à cette clientèle de classes moyennes, « menacées par l’impact de la crise et l’augmentation du prix du pétrole », résume Guillaume Pépy. Afin d’être bien compris, le patron du rail l’affirme haut et fort : « La priorité, ce ne sont pas les Parisiens ».
La SNCF espère susciter des voyages d’agrément. Le parc d’attraction Disneyland Paris, situé à quelques encablures de la gare de Marne-la- Vallée, devrait profiter du nouveau service. OuiGo desservira le sudest de la France, la ligne la plus fréquentée du réseau, qui représente aujourd’hui 35% des voyages en TGV. De Marne-la-Vallée, on pourra se rendre à Lyon, Marseille ou Montpellier, ou s’arrêter dans quelques gares intermédiaires, Valence, Aixen- Provence ou Nîmes. Les horaires, en début de matinée ou en fin d’aprèsmidi, ont été pensés pour les weekends en famille.
Pour Guillaume Pépy, qui devrait sans difficulté être reconduit à son poste par le gouvernement, fin février, OuiGo fait partie d’une stratégie commerciale. La concurrence européenne frappe aux portes. Le TGV, qui fut longtemps la poule aux oeufs d’or de la compagnie, ne rapporte plus autant. Les particuliers le trouvent cher et les entreprises, soucieuses d’économies, préfèrent faire voyager leurs cadres en deuxième classe. Le covoiturage, qui connaît une croissance exponentielle depuis deux ans, prend des parts de marché au voyage en train. L’enjeu de OuiGo dépasse donc l’arrivée d’un nouvel acteur low-cost sur le terrain des transports.