Femmes des années 2010 : précaires

Publié dans le numéro 3455 par

 

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Majoritaires parmi les allocataires du RSA (Revenu de solidarité active), souvent à la tête de familles monoparentales et occupant un emploi précaire… les femmes en France semblent cumuler tous les handicaps, d’après le rapport « femmes et précarité », dévoilé le 19 février, par le Conseil économique, social et environnemental (CESE). « Notre rapport est destiné à faire un zoom sur le fait que les femmes “dégustent” de façon excessive. Il est bon d’ouvrir les yeux sur le fait qu’il existe des moyens d’organiser, d’imaginer des solutions plus responsables que celles d’aujourd’hui », résume Henri Joyeux, co-rapporteur, avec Evelyne Duhamel. Le constat, basé sur les analyses et statistiques effectuées par divers organismes, est lourd. Parmi les 8,6 millions de personnes ayant un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté (964 euros mensuels), les femmes sont majoritaires (4,7 millions). Et, dans la catégorie des travailleurs pauvres, elles représentent 70 % des effectifs.

Un strapontin dans la boîte
A la base de cette situation, « les risques de précarité apparaissent plus nombreux pour les femmes que pour les hommes, et ils affectent plus durablement leurs parcours », ana-lyse le rapport du CESE. Parmi ces risques, figure en bonne place la situation des femmes dans le monde du travail. L’écart entre le taux de chômage des hommes et des femmes, qui s’était réduit, augmente, de nouveau. Autre signe, les femmes occupent 62 % des emplois non qualifiés, contre 56 %, il y a vingt ans. Exemples : elles sont agents d’entretien, aides à domicile, secrétaires… En 2010, les femmes représentent 95 % des effectifs dans les métiers d’assistante maternelle, d’aide à domicile et d’employé de maison. Las, ces emplois vont souvent de pair avec des contrats temporaires et à temps partiel. Résultat, en 2011, une femme salariée sur trois travaille à temps partiel, contre 7 % de ses homologues masculins. Et, pour les deux tiers d’entre elles, la durée hebdomadaire de cet emploi est inférieure à 30 heures. En cascade, parmi les conséquences négatives qui grossissent la boule de précarité : un accès plus limité à la formation professionnelle – et donc, à la possibilité d’évoluer. Autre effet encore, des rémunérations plus faibles : les deux tiers des salariés à bas salaires sont des femmes, montre le rapport qui s’appuie sur les statistiques du ministère du Travail. Les conséquences sur la retraite sont à l’avenant, et les femmes âgées, à risque de paupérisation. Parcours professionnels morcelés, interruptions et faiblesse des rémunérations aboutissent à une pension nette perçue par les femmes presque deux fois inférieure à celle des hommes, d’après les derniers chiffres disponibles, qui datent de 2008. A noter, toutefois, que les pensions de réversion comblent pour partie ce décalage. Les conséquences de la précarité se lisent sur plusieurs plans. Ainsi, la santé, avec l’abandon de pratiques de prévention. Par ailleurs, les conditions de travail pour les femmes précaires sont souvent synonyme de pénibilité physique ou mentale : fonds sonores d’un niveau trop élevé, postures contraignantes, tâches morcelées. Reste néanmoins, que l’espérance de vie des femmes demeure très largement supérieure à celle des hommes (84,4 ans contre 78,1 ans).

Européennes et pauvres
Le rapport du CESE propose plusieurs pistes d’action de fond, pour tenter de pallier le problème. Certaines sont préventives : tout d’abord, lutter contre l’illettrisme dès l’enfance, pour éviter à la précarité de s’installer (et de se transmettre). Autre piste, sortir des schémas socialement préétablis sur les métiers féminins et masculins, aux étapes de l’orientation et de la formation. Par ailleurs, la qualité et les conditions d’exercice du travail à temps partiel devraient être revues et améliorées. Des mesures techniques devraient également être prises pour éviter que les travailleurs précaires ne soient pénalisés dans l’évaluation du montant de leur retraite. Quant aux mères isolées, le CESE préconise de renforcer fortement le soutien à leur apporter, avec notamment une facilitation de la garde d’enfants, un accompagnement pour le retour à l’emploi, ou l’amélioration du dispositif d’information et d’accès aux droits… « Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de ces problèmes. C’est très positif », estime Henri Joyeux. Reste à espérer que cette prise de conscience soit européenne : dans tous les pays de l’Union européenne, il y a plus de femmes qui vivent sous le seuil de la pauvreté que d’hommes, à l’exception de la Hongrie, où la proportion s’inverse. Au Danemark et en Irlande, les deux sexes sont à égalité devant la pauvreté. En revanche, en Italie, en Espagne et Suède, le différentiel est particulièrement défavorable aux femmes.