Economie solidaire : des emplois dans le chiffon

Publié dans le numéro 3449 par

 

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L'une des découpeuses de chiffons.

L'une des découpeuses de chiffons.

En 1996, l’association Emmaüs Artois et le Secours catholique ont créé l’association Etape, à l’origine de la création de l’entreprise à but socio-économique le Relais Nord Est Ile-de- France. Le Relais, installé d’abord au centre de Soissons, a déménagé il y a deux ans sur la zone d’activité du Plateau. Il emploie désormais 88 salariés, soit une hausse de 25 en deux ans. Le Relais collecte et trie les textiles et chaussures ; 49 % sont réexportés, principalement vers les relais africains ; 6 % sont revendus dans les magasins Ding Fring ; 25 % servent notamment à fabriquer la métisse, un matériau isolant. Il reste environ 10 % qui constituent un gisement de chiffons d’essuyage. D’où la démarche d’Emmanuel Pilloy, directeur du Relais, auprès de Patrice Dehollain, un Soissonnais très impliqué dans ce type d’actions : constituer une structure ad hoc pour encadrer la production de chiffons d’essuyage, à la suite de l’expérimentation en cours au Relais à Ploisy. Patrice Dehollain est, entre autres, à l’initiative du Cepac, devenu BGE Aisne, d’AID services, d’Emploi 02….

Un marché porteur
Le marché existe : de nombreux secteurs de l’industrie et de l’artisanat achètent et utilisent ces chiffons (20 000 tonnes/an, souvent en provenance de l’étranger). Ils les achètent environ 1 €/kg. A Ploisy, il est possible de les produire et de les vendre à partir de 26 centimes (selon la qualité, les usages, les volumes). Le principe est de lancer cette production en s’appuyant d’une part sur les déchets textiles non encore revalorisés au Relais, et d’autre part sur un personnel actuellement demandeur d’emploi : une démarche gagnant-gagnant sur le plan citoyen. ACI (atelier chantier d’insertion) chiffons d’essuyage Picardie, entreprise sans but lucratif, vient d’être créée. Début janvier, dix personnes ont été recrutées pour six mois avec l’aide de Pôle emploi. S’agissant d’une structure d’insertion, les employés sont payés par l’Etat. Audelà du délai, douze nouvelles personnes sont recrutées, les premières repartent dans le circuit de la recherche d’emploi, avec une expérience de reprise d’activité qui les stimule. D’ailleurs, ces salariés auront appris à reconnaître rapidement, à l’oeil et au toucher, les textiles à découper. Patrice Dehollain lui-même s’y connaît bien de par son riche passé professionnel dans le textile.

Un objectif de rentabilité
A long terme, l’entreprise devra trouver la rentabilité de l’exploitation. Dans un premier temps, ACI achète la matière première à l’euro symbolique au Relais, lui loue 200 m² et deux machines à découper, et va acquérir deux autres machines. Puis ACI emballera, expédiera en utilisant son propre circuit de commercialisation. Le compte d’exploitation prévisionnel comprend 70 % de salaires payés par l’Etat et 30 % de charges générales. La production montera en charge pour couvrir progressivement les dépenses et s’approcher des conditions de marché. Des sites de production sont également prévus à Amiens et Compiègne. Comme Le Relais, ACI pourrait devenir une coopérative de production. D’un stock de déchets, ACI va dégager une valeur ajoutée et remettre à l’étrier des demandeurs d’emploi, comme c’est déjà le cas au Relais. Un vrai challenge pour lequel les initiateurs espèrent des souscriptions !