Cette fromagerie orientale qui exporte en Europe

Publié dans le numéro 3451 par

 

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Zouher Albitar est à la tête d’une entreprise originale qui fabrique dans l’Aisne des fromages orientaux.

Zouher Albitar est à la tête d’une entreprise originale qui fabrique dans l’Aisne des fromages orientaux.

Il fut un temps (qui n’est pas si lointain) où à Aubigny-aux-Kaisne, village du canton de Saint-Simon près de Saint-Quentin, travaillait discrètement la fromagerie de la plaine. Elle fabriquait du beurre et de la mozzarella. Les soubresauts de l’économie ont voulu que cette fromagerie fut acquise par l’un de ses clients à Paris, Zouher Albitar.
D’origine syrienne, ce Docteur ingénieur en mécanique (qui plus est docteur es-sciences) a transformé en 2001 la vieille fromagerie en une entreprise plus moderne. L’ingénieur, changeant de stratégie productive et commerciale, a conçu des machines spéciales automatiques de sa nouvelle fromagerie baptisée Lailand (le pays du lait) et les procédés de fabrication d’une gamme très complète de fromages orientaux, syriens , libanais, turcs, en respectant les normes européennes d’hygiène et de sécurité. Car voici sur la table de Lailand ses fromages : Akawi, Tressé, Chilal, Naboulsieh, Baladi, Achta, Labneh, Chenklich, Fil d’or.
Aujourd’hui, à Aubigny-aux-Kaisne, la Sarl Lailand emploie dix salariés. Entre 2011 et 2012, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 1,9 M€. Et l’entreprise, depuis sa création, a progressé chaque année, partant de 550 000 € de chiffre d’affaires pour dépasser le million en 2007-2008 et franchir les 1,4 M€ en 2010-2011.
Cette progression est sans doute la conséquence d’un certain dynamisme commercial dans les pays de l’Europe où vivent et travaillent de grandes communautés venues du Moyen Orient.

Dans le sel de gemme et l’huile végétale
« Lailand est approvisionnée en lait par les Fromagers de Thiérache (groupe Bongrain), explique Zouher Albitar. Nous recevons ainsi 45 000 litres de lait par semaine, le même lait naturel qui sert à la fabrication du Maroilles ». Avec cet approvisionnement thiérachien, Lailand produit ces temps-ci, chaque semaine, entre cinq et cinq tonnes et demi de fromages orientaux, qui, pour la plupart, peuvent être consommés frais, dans des salades, dans des sandwiches et dans bien d’autres préparations culinaires.
L’entreprise prend grand soin de conserver toutes les saveurs naturelles, depuis le lait jusqu’aux fromages (de 16 % à 61 % de matières grasses). Et certains d’entre eux, comme le veut les traditions culinaires de leurs pays d’origine, sont saupoudrés de sel de gemme avant d’être soigneusement emballés sous vide ou baignés d’huile végétale dans des bocaux de verre hermétiquement clos.
« Aujourd’hui, quelque 18 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en France, notamment dans la Région parisienne en approvisionnant des épicerie et des supérettes spécialisées. Ce qui reste du chiffre d’affaires, soit 82 %, est réalisé en Europe. Nos ventes les plus importantes se font en Allemagne. » Les fromages orientaux de Lailand sont aussi écoulés en Angleterre, en Hollande, en Belgique, au Danemark, en Suède, en Italie, en Roumanie ou en Grèce.

Des agrandissements, une ligne neuve
Et à Aubigny-aux-Kaisnes, la société Lailand, dont le créateur est revenu du SIAL avec beaucoup de contacts, projette de s’agrandir. Deux bâtiments attenant à l’ancienne fromagerie vont être construits : l’un de 576 m² l’autre de 150 m². Il s’agit de réorganiser toute la production trop à l’étroit de nos jours : « produire d’un côté et emballer et expédier de l’autre ».
La société, qui a bénéficié d’un prêt à taux zéro de conseil régional, d’une subvention d’Aisne Développement pour la création de son site Internet et le développement de sa communication, va investir dans les années à venir, sur place, plus d’un million d’euros.
Car dans ses bâtiments neufs, elle installera de nouvelles machines automatiques de production et d’emballage.
Compte-tenu de la progression à venir de Lailand, Zouher Albitar, qui n’hésite pas à former de jeunes apprentis et qui a embauché un jeune ingénieur de l’Insset de Saint-Quentin, estime que sa Sarl créera entre dix et vingt emplois d’ici à trois ans.