Bâtiment : les artisans tirent la sonnette d’alarme

Publié dans le numéro 3450 par

 

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La situation est extrêmement grave », alerte Patrick Liébus, président de la Capeb, Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment, qui revendique 380 000 entreprises de moins de 20 salariés, soit 992 000 actifs (67% des effectifs du bâtiment). Le 23 janvier, lors d’une conférence de presse à Paris, la Capeb a annoncé les chiffres de l’activité pour le secteur en 2012 et présenté ses prévisions pour l’année à venir. « Un bilan inquiétant », juge Patrick Liébus. Au total, l’activité a connu une diminution de 1%, en volume, sur l’année. Après les trois premiers trimestres de l’année, déjà très irréguliers, la chute s’est brutalement accélérée. Le dernier trimestre 2012 a été marqué par une baisse d’activité de 2,5 %, par rapport à la même période de l’année précédente. Même l’activité la plus dynamique, celle des travaux pour l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements, qui connaissait une progression de 4%, est passé à 1% de croissance seulement au quatrième trimestre. Sur cette même période, le marché de l’entretien et de l’amélioration des bâtiments enregistre un recul 1,5% et celui du neuf de 4%. En cohérence avec la diminution de l’activité, les autres signaux sont au rouge. « Une trésorerie à sec », lance Patrick Liébus. Pour lui, les petites entreprises n’ont plus la possibilité d’absorber des éventuels aléas d’activité, d’autant que les banques se montrent réticentes à les accompagner, qu’il s’agisse d’investissements ou de trésorerie. Par ailleurs, « en termes de carnet de commandes, la visibilité est de moins de trois mois pour certains, fin 2012 », ajoute Patrick Liébus.

2013 sera pire
Les prévisions de la Capeb pour 2013 sont pires que les chiffres de 2012. La Confédération des artisans du bâtiment table sur une diminution de l’activité de 3% . « On se dirige vers une pente de plus en plus accentuée », estime Patrick Liébus. Un surcroît de concurrence pourrait en effet aggraver la situation. « De moins en moins de chantiers démarrent », note le président de la Capeb. Or, avec la diminution de l’activité dans le secteur du bâtiment neuf, « les entreprises plus grandes rebasculent sur l’amélioration des bâtiments, et c’est l’effondrement des prix », s’inquiète Patrick Liébus. Quant aux travaux publics, « là aussi il y a une réduction, malgré les annonces qui ont été faites », regrette-t-il.
Autre problème, concernant les marchés publics : des délais de paiement délétères alors que la trésorerie des petites entreprises est à sec. D’après Patrick Liébus, plusieurs entreprises ayant travaillé pour des organismes déconcentrés du ministère de la Culture attendent encore d’être payées, bien après les délais légaux prévus. Bref, sur tous les plans, « on ne bouge plus ». En termes d’emplois, les prévisions avancées par la Capeb pour 2013 sont de l’ordre de quelque 40 000 postes de travail détruits. Le chiffre comprend pour moitié ceux directs des artisans, et ceux indirects, des secteurs qui travaillent avec le bâtiment, comme l’industrie, le transport, l’automobile…

Coup de gueule
La faiblesse de l’activité n’est pas le seul sujet d’inquiétude de la Capeb. La Confédération affiche également un malaise vis-à-vis du cadre règlementaire et fiscal de son activité. « Ce secteur manque totalement de considération des pouvoirs publics », considère Patrick Liébus, dont l’organisation met le paquet pour se faire entendre du gouvernement : le 18 janvier, la Capeb organisait une manifestation revendiquant 10 000 participants. Le 16 janvier, Patrick Liébus remettait à Sylvia Pinel, ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme, une liste d’une douzaine de mesures susceptibles de permettre au secteur de redémarrer. Première d’entre elles, l’abandon du relèvement du taux de TVA à 10%, prévu en 2014, sujet qui inquiète tout particulièrement les artisans du bâtiment. D’autres mesures sont préconisées par la Capeb, qui concernent notamment des encouragements à réaliser des travaux, comme la réouverture du PTZ + (prêt à taux zéro) à l’ancien, sous condition de travaux de performance énergétique à réaliser dans les deux ans suivant l’acquisition. Le problème de la concurrence est également abordé, avec la demande d’exclure le secteur du bâtiment du régime des auto-entrepreneurs, et celle de renforcer les contrôles sur le terrain, contre le travail au noir.