Le Pays Neslois et quatre industriels sensibilisent aux enjeux du canal Seine-Nord Europe

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André Salomé, et assis, les industriels.

André Salomé, et assis, les industriels.

André Salomé, président de la communauté de communes du pays Neslois, a ouvert la conférence en annonçant que la commission Delebarre devait rendre ses conclusions le 20 décembre prochain. Il a également rappelé que les travaux déjà effectués, que ce soit les études, les fouilles archéologiques, et l’abaissement de l’A29, ont déjà coûté 320M€ payés par l’Europe. Cette dernière serait prête à « remettre au pot » 1,3 Md€. Le canal Seine-Nord Europe garantira la croissance du transport fluvial et de l’intermodalité : c’est le choix du développement durable, alliant l’efficacité du réseau de transport et le respect de l’environnement. Un convoi fluvial de 4400 tonnes transporte autant de marchandises que 220 camions. Cela garantira aux utilisateurs de la voie d’eau une réduction des coûts de transport et de logistique, associée à la fiabilité du fluvial. Aujourd’hui, c’est indispensable pour les quatre plus grosses entreprises mondiales installées dans le pays Neslois, comme l’ont expliqué tour à tour leurs patrons.

Un enjeu économique
Christophe Baudelet, directeur général de Kogeban, cogénération biomasse à Nesle, « Nous souhaitons que le projet se fasse rapidement. Il produira de l’eau chaude et de l’énergie pour l’usine voisine Ajinomoto. Le canal permettra l’acheminement du bois destiné à la centrale biomasse. Si on atteint 500 000 tonnes annuelles, cela créerait plusieurs centaines d’emplois dans la filière bois en Picardie et dans les régions limitrophes. L’arrivée du canal est donc très importante pour l’économie. C’est une réelle possibilité d’export de plaquettes forestières à destination des particuliers ou des collectivités. C’est également une opportunité d’emplois. N’oublions pas que l’exploitation de 1 500 tonnes correspond à un emploi créé. Nous avons choisi l’implantation de Kogeban à Nesle en fonction de l’arrivée du canal. » Christophe Nicole, directeur de Téréos Syral : « Actuellement développée en Europe mais tournée vers le monde, l’usine implantée à Mesnil Saint-Nicaise emploie 260 personnes. L’activité consiste à transformer du blé pour fabriquer des ingrédients sucrants. L’usine consomme 900 000 tonnes de blé par an, et bientôt plus d’un million de tonnes. Tous ces produits pondéreux coûtent cher en transport ; la voie d’eau améliorera la compétitivité des entreprises à la baisse et optimisera les coûts logistiques. Le projet du Canal Seine-Nord Europe est crucial pour nous car il est situé à un kilomètre de l’usine. Il permettra un flux logistique d’expédition très important vers l’Europe du Nord et la grande Bretagne. De plus nous avons de gros projets de développement dans les mois et années à venir.»

« Un projet exemplaire »
Alain Vrillon directeur général d’Ajinomoto Foods Europe, (ex-Orsan)« Premier opérateur européen en production et commercialisation d’acides aminés à destination de l’alimentation animale avec trois sites en France, Amiens (Eurolysine), Nesle et Gravelines, nous employons 700 personnes. Nous sommes le premier producteur mondial à partir des mélasses de betterave par voie de fermentation et nous considérons que la réflexion logistique autour du canal est un avantage incontournable pour le développement futur de l’entreprise, en concurrence avec des pays comme le Brésil, la Pologne, les Etats Unis. Le siège à Tokyo regarde de près ces possibilités. D’où l’importance primordiale du site de Nesle. C’est un projet exemplaire à tous les niveaux en termes logistique, social, environnemental, logistique et qui en entraînera d’autres. Il va changer la vision du tissu industriel. Alors qu’attendons- nous ? » Jacques de Villeneuve, président délégué de Noriap, groupe coopératif céréalier situé en Picardie et Seine Maritime. « Le canal est une opportunité majeure de report modal (passage du camion à l’eau). Les céréales, pulpes et granulats qui arrivent de Picardie, Champagne-Ardenne via Rouen et Le Havre pourraient transiter par la plateforme multimodale que nous envisageons d’implanter à Languevoisin. Aujourd’hui, les deux tiers des céréales, environ 725 000 tonnes par an sont expédiées à plus de cent kilomètres de l’endroit où elles sont produites. Notre production à long terme peut atteindre le million de tonnes et sans canal, on sera dans une impasse logistique. Depuis trois ans, nous travaillons sur ce projet et notre ambition est de faire de la plateforme de Nesle-Languevoisin la base arrière du port de Rouen, leader européen en matière de commerce de céréales. Cela serait un réel débouché industriel vers l’Europe et d’export vers le Maghreb et l’Afrique. » André Salomé a conclu la réunion en lisant le courrier qu’il a adressé au Président de la République, co-signé par les industriels. Tout le monde est dans l’attente de cet ouvrage d’art qui réduira considérablement les émissions de gaz à effet de serre, et créera des emplois.