La filière BTP, frappée par la crise, va mal

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Les professionnels du BTP s'inquiètent pour leur avenir et celui de leur filière.

Les professionnels du BTP s'inquiètent pour leur avenir et celui de leur filière.

Jeudi 6 décembre, 10 heures. Sur la place du Cirque à Amiens, plus de 250 professionnels du BTP de la Somme se sont donné rendez-vous pour une opération qu’ils espèrent de grande ampleur. Les manifestants ont choisi un message fort pour exprimer leur inquiétude. Ils scandent tous en choeur un seul et même slogan : « Sauvons le BTP ! » Tous sont inquiets pour leur avenir et celui de leur filière qui avait pourtant résisté à la crise jusque-là.

Faire face à la concurrence
La première de leurs revendications est d’ordre économique. Elle concerne la TVA. Initialement fixée à 5,5 %, elle est passée à 7 % en janvier 2012 et devrait atteindre les 10 % en 2014. Geoffrey Martin, secrétaire général de la fédération du BTP de la Somme, s’insurge contre l’annonce de cette nouvelle mesure. Il estime qu’elle aura des conséquences catastrophiques sur l’emploi. Le secteur, qui a déjà supprimé 1 800 postes dans la Somme au cours des derniers mois, pourrait donc être encore plus touché. La nouvelle hausse de la TVA pourrait par ailleurs être un frein à la rénovation énergétique des logements, pourtant encouragée par le gouvernement. « Il est nécessaire de soutenir les ménages dans leurs travaux pour l’économie d’énergie. Cette nouvelle hausse des taxes les pénaliserait fortement. Pour nos clients c’est inacceptable», indique Geoffrey Martin. Parmi les manifestants présents dans le cortège, Catherine Lefèvre. Elle est secrétaire générale de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) de la Somme. Son inquiétude porte sur la progression du nombre d’artisans auto-entrepreneurs : « Nous considérons cela comme de la concurrence déloyale. Un auto-entrepreneur ne paye que 20 % de charges alors qu’un artisan classique en paye 50 %. Il faut absolument réagir ou les petits artisans mourront. Le statut d’autoentrepreneur est pour nous une forme de travail au noir déguisé. » La filière BTP doit par ailleurs faire face à la concurrence étrangère, venue principalement d’Espagne et d’Europe de l’Est. « Un artisan polonais ne coûte que 17 euros avec les taxes. Son salaire net est de 7 euros. Nous sommes impuissants face à cela. » Autre inquiétude pour la filière BTP, celle de ne plus pouvoir former ses apprentis. « On constate déjà 10 % d’apprentis en moins cette année », note Gérard Diruy, président de la fédération du BTP de la Somme. « Nous avons mené un gros travail pendant dix ans pour tenter de faire venir les jeunes dans les métiers du BTP. L’opération a très bien marché, mais maintenant qu’ils sont là, nos entreprises ne peuvent plus les accueillir », regrette-t-il.
La crise du BTP ne semble pas épargner les plus grosses structures, comme l’explique Gérard Diruy : « Tout le monde tente de faire des économies. Même les bailleurs sociaux doivent réduire leurs dépenses. Au lieu de construire de nouveaux logements, ils nous demandent de réhabiliter les anciens. » Unique consolation pour les entreprises, le chantier de la Citadelle qui devrait débuter dans les prochains mois. « Cela va faire beaucoup de bien à tout le monde, malheureusement cette bouffée d’oxygène ne sera que provisoire », conclut le président de la fédération.