Export : Nicole Bricq vise l’équilibre de la balance commerc

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L’objectif, c’est l’équilibre de la balance commerciale, hors énergie, à la fin du quinquennat », a annoncé la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq. C’était le 3 décembre, à Bercy, lors de la conférence de presse de présentation des priorités d’actions du ministère. L’objectif est ambitieux : en 2011, le déficit commercial total s’est élevé à plus de 73 milliards d’euros, d’après les douanes. Le déficit hors énergie représenterait, lui, environ 26 milliards d’euros. Une vaste étude a été commanditée par la ministre au Trésor, sur les évolutions potentielles du commerce mondial d’ici 2022 et sur les caractéristiques de l’offre française. Objectif : « Coupler l’offre française à la demande des pays. » Au total, 47 pays ont été identifiés, qui représentent 80 % de la demande mondiale, et qui concentrent plus des trois-quarts des exportations françaises. Les pays européens sont ceux qui pèsent le plus lourd, mais leur poids à tendance à décroître. De 70 % de la demande mondiale actuellement, les pays développés devraient en capter 64 % en 2022. A contrario, l’importance des pays émergents progresse, qui représenteront 36 % de la demande mondiale à cette date, contre 30 % en 2012. Sans surprise, la Chine figure en bonne place dans cette demande. Au total, les 3 400 milliards d’euros que représente le potentiel d’importations d’ici 2022 se répartissent pour moitié entre les pays développés et émergents.

Les quatre « mieux »
Pour Nicole Bricq, c’est en abordant les marchés suivant quatre axes porteurs, qu’il sera possible de capter au mieux cette manne. « Mieux se nourrir, mieux se soigner, mieux vivre en ville, mieux communiquer », énumère la ministre, d’après qui « l’augmentation de 7 % de nos parts de marché dans ces secteurs permettrait d’atteindre l’objectif fixé à la fin du quinquennat ». Mais, pour se positionner efficacement sur ces secteurs, « la démarche repose sur une offre intégrée, et ce n’est pas une habitude française », regrette Nicole Bricq. En clair, il s’agit d’associer dans une même offre des biens d’équipement, des infrastructures et des services complémentaires. Pour l’instant, sur l’axe « mieux se nourrir », « on perd des parts de marché chaque année. Or, ce marché mondial progressera de 100 milliards d’euros en 2017 », estime Nicole Bricq. Pour ce secteur, un plan export a été mis en place. Au programme figurent notamment des formations sur les contraintes sanitaires imposées par certains pays, qui constituent de fait des barrières, ou encore le renforcement de la signalétique « France bon appétit », qui devrait permettre aux entreprises de s’adosser sur le prestige du « made in France ». Autre exemple, le secteur « mieux se soigner », est boosté par le développement d’une classe moyenne dans les pays émergents, par le vieillissement de la population mondiale et une demande accrue de soins et de confort. Au total, ce marché devrait peser 70 milliards d’euros supplémentaires en 2017. « En France, l’industrie pharmaceutique est forte, la cosmétique aussi. Mais on n’exporte pas assez d’infrastructures », estime Nicole Bricq qui plaide, ici aussi, pour une « offre intégrée ». Car le constat est général : « L’offre française est trop dispersée », précise la ministre qui entend encourager le portage des petites entreprises par les grandes et favoriser les logiques de synergie à l’export, notamment au niveau des filières et des pôles de compétitivité.

D’autres mesures sont également prévues : le nombre de VIE, volontaires international en entreprise sera accru : il passera de 7 400 à 9 000, d’ici cinq ans. Au niveau des structures d’aide et d’accompagnement, « PME et ETI auront accès aux produits de la Coface et d’Oseo par la Banque publique d’investissement qui démarre en janvier », annonce Nicole Bricq. Un millier de PME devraient être accompagnées à l’export dans ce cadre. Par ailleurs, la ministre plaide pour la synergie des moyens mis en place par les régions et ceux de l’Etat. Les territoires seraient déjà prêts. « Il y a déjà des réalisations. Dans le Nord- Pas-de-Calais, avec l’ensemble de partenaires, nous avons mis en place un joli dispositif. Chaque région organise cela, en fonction de sa propre diversité. Il ne faut pas qu’il y ait 30 guichets (…) cela n’est pas très sérieux », témoigne Alain Rousset, président de l’association des régions de France (ARF).

L’export français en décalage ?
Pour l’instant, la France n’est pas idéalement placée pour être en adéquation avec ces évolutions potentielles. Depuis 2000, les parts de marché mondiales de la France se sont « dégradées dans un grand nombre de pays, comme le Royaume- Uni, l’Espagne, l’Italie, le Maghreb ou l’Afrique sub-saharienne. Bien qu’en déclin, la part de marché en Allemagne s’est maintenue. Et elle a significativement progressé en Russie, en Arabie Saoudite. Mais en Chine et aux USA, la part de marché France reste faible », synthétise Ramon Fernandez, directeur général du Trésor, qui présente l’étude. Pour lui, les différents marchés représentent des enjeux différents : les pays émergents peuvent apporter des débouchés supplémentaires. Mais L’Europe, de par sa proximité, constitue une terre d’export privilégiée pour les PME. En effet, pour exporter sur les marchés plus éloignés, « les entreprises doivent déjà disposer de capacités suffisantes », estime-t-il. Par ailleurs, en analysant les secteurs économiques les plus porteurs, si la position de la France est forte sur l’aéronautique et l’agroalimentaire, elle est « moins favorable » sur l’électronique et le textile, note Ramon Fernandez. Pour le directeur général du Trésor, « en croisant les couples pays/ secteurs, quatre conclusions s’imposent. il faut s’appuyer sur les points forts de la France sur les secteurs porteurs comme l’agroalimentaire, avec les produits laitiers, les vins, les spiritueux (….), proposer une offre intégrée dans les secteurs connexes (…), coupler les services et les produits (…) et miser sur les secteurs qui ont un contenu en innovation important ».